150e anniversaire d’Arcachon – La Résistance traquée

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Drapeaux à Arcachon

150e anniversaire d’Arcachon

Chronique n° 132

La Résistance traquée

Les résistants locaux ont deux farouches ennemis. Le premier, c’est le chef de la police politique allemande, la Gestapo. Il s’appelle Dohse et se révèle d’autant plus redoutable qu’il joue sur les difficiles relations entre résistants communistes et gaullistes. Il laisse croire à certains de ces derniers qu’Himmler est prêt à accepter une paix séparé avec les Alliés de l’ouest, pour se retourner ensuite contre l’URSS. Ou bien, il propose leur liberté à des gens arrêtés contre l’indication des lieux de dépôts d’armes. Et il tient parole, quand le marché est conclu ! On a donc affaire à un professionnel madré, face à de courageux amateurs. En utilisant ainsi, dans des contrats politico-militaires, Grandclément, le chef assez imprudent de l’organisation civile et militaire de la région “B”, celle qui englobe la côte, de la Loire aux Basses-Pyrénées, Dohse parvient à faire littéralement exploser la Résistance dans toute cette région et en particulier en Gironde. 

Second ennemi de la résistance locale : un Français, le sous-directeur à Bordeaux des Renseignements généraux, le commissaire Poinsot, dont la sinistre “brigade” torture et décime les résistants si bien que les organisations bordelaises doivent se diluer. En janvier 1944, Duchez et de Luze, complètement isolés, se relient à Charles Serre, organisateur des maquis des maquis de Dordogne-Nord. C’est alors que, pour faire face à la situation l’organisation civile et militaire désigne Pierre Dumas, rédacteur à la “Petite Gironde” et Marc Nouaux, venu de Toulouse, comme chefs de la région “B”. Mais beaucoup de résistants girondins, échaudés et complètement déboussolés par l’affaire Grandclément, restent très attentistes. 

Toujours dans la même optique : régénérer la Résistance dans le département, c’est la nuit du 10 au 11 avril 1944 que Christian Campet et un groupe d’Arcachonnais récupèrent à Lanton deux agents anglais, dont un spécialiste du sabotage et un second qui se révèle peu fiable. Le 2 mai 1944, les services britanniques parachutent de nouveau le major Roger Landes, alias Aristide, afin de coordonner la résistance dans la région. Christian Campet devient son adjoint et il rétablit le contact avec le groupe d’Arcachon. Les services de renseignements allemands, sans doute alertés par ces mouvements, pensent qu’Arcachon est le centre de la résistance sur toute la côte. Ils surveillent particulièrement la ville, établissent des listes de suspects gaullistes ou anglophiles et Dohse délègue ici l’un de ses meilleurs agents, Pierre Goupil, pour diriger pendant plusieurs mois, les opérations d’arrestation et les interrogatoires. 

Fin juin 1944, bien que la nouvelle de cette intrusion circule vite dans Arcachon et permette à plusieurs résistants de fuir ou de se cacher, une cinquantaine de personnes est arrêtée, dont des membres du groupe de Luze et des agents de renseignements de divers réseaux. On compte alors sept arrestations et déportations : Marie Bartette, Lucien Pinneberg, Jean Sensevin, Marcel Levasseur, Pierre Cigarroa, Ambroise Lesueur et François Campet. Le 25 juillet, un inspecteur de police arcachonnais mène d’autres arrestations, sur dénonciations par un certain Michel X…, dit “L’Hindou”, qui n’en est pas à son coup d’essai. La plaque qui porte les noms des déportés ou fusillés arcachonnais évoque aussi d’autres souvenirs. Jean Farges, un jeune résistant policier arcachonnais de vingt-deux ans qui se livre aux Allemands pour faire libérer son père, instituteur, arrêté à sa place le 2 juin 1944. André Carmagnat, plombier, déporté le 17 avril 1943, sur dénonciation de quatre des ses concitoyens pour “propos anti-allemands”. François Dumora, un autre instituteur, battu à mort par l’ennemi, le 7 novembre 1943. Jean Dupuy-Parrot, marchand de charbon, soupçonné de résistance, mort en déportation en novembre 1944. Francis Lanine, fusillé le 27 juillet 1944, Sully Mélendes, commerçant, de confession israélite, décédé en déportation le 5 février 1944, après avoir été dénoncé par un Arcachonnais. Jacques Monod, mort en déportation le 27 mars 1944, après son arrestation sur la frontière franco-espagnole, alors qu’il tente de gagner les Forces françaises libres. 

La Teste aussi a ses martyrs. Ils s’appellent Henri Dheurle, déporté et Edmond Doré, fusillé. Tout cela n’empêche pas la résistance locale de continuer à s’organiser. Robert Escarpit écrit à ce propos : « En août 1944, le groupe d’ Arcachon compte trois cents hommes, bien pourvus en arme légères. Son rôle est d’intervenir dans des opérations de harcèlement au moment du débarquement allié ». Et comme pour conclure sur cette période de répression évoquée aujourd’hui, Escarpit ajoute : « La Résistance n’avait rien d’une armée en campagne mais, avec le seul fait d’en être, on risquait sa vie plus que les autres ». Ce qui n’est pas rien, commente le militaire Jacques Ragot, en citant ces propos. Et puis, il y a tous ceux qui sont pris dans une tourmente, tous les jours plus angoissante. C’est une autre histoire.

(à suivre)

Jean DUBROCA

Chronique sur Radio Côte d’Argent – 90,4 Mhz

Blason d'Arcachon

2 réflexions sur “ 150e anniversaire d’Arcachon – La Résistance traquée ”

  1. Mort de Sully Mélendès.
    La mort de Benjamin Sully Mélendès est survenue après une succession d’évènements ayant affecté sa famille. Son arrestation n’est pas directement le résultat d’une dénonciation par un « Arcachonnais » qui en fait était un « réfugié » luxembourgeois vivant maritalement avec une Arcachonnaise du voisinage.
    Début 1942, Benjamin, son épouse Marinette née Darmont – commerçants en vêtements à l’angle du Cours Lamarque et de la rue Lafont – et leurs deux jeunes fils Charles et Robert décidèrent de passer clandestinement en Zone libre. Confiant leur intention à leur proches voisins qu’ils pensaient fiables, ils partirent par le train. Parvenus près de la ligne de démarcation, les garçons se séparèrent de leurs parents pour continuer leur chemin à vélo. Le Luxembourgeois (les avait-ils suivis ?) désigna les enfants à la police qui les arrêta. Charles fut ensuite expédié à Drancy d’où il partit pour Auschwitz et la mort par le convoi n°7. Son plus jeune frère tombant subitement malade fut hospitalisé quelques jours sous bonne garde avant que d’être à son tour expédié à Pithiviers d’où il partit pour Auschwitz et la mort par le convoi n°35.
    Benjamin Sully qui avait vainement tenté de récupérer son jeune fils à l’hôpital dut se résoudre à perdre tout espoir. Avec son épouse il s’installa à (ou près de) Périgueux où il trouva un travail à la cuisine de la Poudrerie. Il fut de ceux qui contribuèrent à aider les maquisards de la Dordogne, mais finalement arrêté début 1944 sur son lieu de travail par les Allemands, il fut torturé, jugé par un tribunal militaire de l’occupant et condamné à la déportation. Transitant par Drancy, il fut du convoi n°69 qui l’amena à Auschwitz début mars 1944. Il ne fut pas assassiné à son arrivée, son décès ayant été légalement fixé au 5 février 1945.
    Son épouse Marinette (qui fut une amie de ma grand-mère Hélène) revint après la guerre à Arcachon et rouvrit son commerce au fronton duquel elle fit inscrire « Benjamin est là » !
    Ni elle ni sa famille n’ont su ce qu’il était réellement advenu de ses enfants et de son époux. Ce sont les travaux de Serge Klarsfeld qui ont permis de le savoir, bien après le décès de Mme Mélendès.

  2. Je me souviens de Monsieur Farges, qui était mon instituteur dans la petite classe de Paul Bert . Quoique des gamins nous savions que son fils s’était sacrifié pour sauver son pére Ca devait être en septembre 44
    Nous le respections avec affection

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