La société

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Tout ce que vous désirez savoir sur la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, se trouve dans les pages suivantes :

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Les deux Sociétés historiques et archéologiques d’Arcachon et du Pays de Buch : une « concordance des temps » ?

À la faveur du quarantième anniversaire de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch en cette année 2012, nous avons souhaité nous pencher sur son histoire à elle, en quelque sorte en faire à son tour un « objet » d’histoire.  Quoi de plus naturel de nous intéresser d’abord à son « ancêtre », la première Société historique, née en 1927 de la volonté du journaliste parisien Albert de Ricaudy, installé à Arcachon pour des raisons de santé ? Il est significatif que cette dernière portait déjà exactement la même dénomination que la société actuelle, du moins jusqu’en 1936. Faut-il pour autant placer la société d’aujourd’hui, recréée en 1972 par Henri Marchou après un sommeil d’une trentaine d’années, dans le droit fil de la première ?
     Pour plagier le titre de l’émission de Jean-Noël Jeanneney à France Culture, y a-t-il une « concordance » entre passé et présent, ou y distingue-t-on au contraire le signe d’une évolution notable dans la façon de « faire de l’histoire » localement ? Il n’est pas question ici d’examiner en détail les travaux des deux sociétés, ce qui serait bien sûr au fort désavantage de la première, mais bel et bien la vision de l’Histoire qui les sous-tend. À ce propos, on pourra s’interroger selon plusieurs angles d’attaque, en se demandant par exemple si la première société était représentative de son époque ou non, si elle développait des buts différents de la société actuelle, ou si elle possédait une dimension novatrice susceptible de nous éclairer encore aujourd’hui.

L’Histoire : discipline littéraire ou science ?

    Aujourd’hui, l’Histoire est considérée comme une science, même si on précise « humaine », avec une méthode axée sur la confrontation des sources, l’établissement de faits indubitables et la recherche des causalités. Certes, une société de bénévoles, comme le pensait Henri Marchou, ne doit être ni trop ni pas assez savante, mais le fait est que, depuis 1972, elle s’efforce de respecter la rigueur « scientifique » et de bannir les « approximations », qui « seraient indignes d’une société historique valable »1.
    Au premier abord, et quand on lit les premiers numéros de la revue de la première société, on a l’impression qu’Albert de Ricaudy lui aussi se situait dans une telle démarche. Il écrit dans le numéro 4 d’avril 1929 que la « Revue historique du pays de Buch [est] un organe de libre discussion dont le but est la recherche de la vérité ». On observe au passage que la tradition d’échanges de points de vue chère à la Société historique remonte à ses origines, et que l’histoire est conçue comme une construction collective plus que comme une somme de connaissances préétablie à laquelle on serait censé accéder. C’est donc une vision très moderne.
    Il n’en est pas moins vrai que, pour Albert de Ricaudy, l’Histoire est plus une discipline littéraire que scientifique, exception faite de l’archéologie qu’il classe dans les sciences, tout en la limitant au domaine préhistorique, avant le règne de l’écrit. Ce qu’il aime dans l’histoire, c’est le côté pittoresque, ce qu’il appelle ses « fantaisies »2. Il écrit : « Bien élucider, bien écrire l’Histoire, est un art en littérature et rien de plus. » Il est vrai qu’il exerce le métier de journaliste et non d’historien, et, pour lui, raconter de belles histoires fait partie de l’histoire. Néanmoins, dit-il, c’est une « spécialité noble, instructive et reposante ». En effet, elle est conçue comme un « dérivatif » au quotidien, qui fait rêver autant qu’elle apporte des connaissances. Il évoque un « tête-à-tête avec les Grands Morts de l’Histoire »3. Il se situe bien dans le cadre de la discipline de l’époque, essentiellement politique, militaire ou religieuse, l’histoire des « grands hommes » et des célébrités. C’est ainsi qu’il s’intéresse de très près aux captaux de Buch .  C’est une histoire qui tend à la chronique, fondée sur le récit.     
    L’Histoire n’a pas encore investi les champs économique, social et culturel. Cependant, les études fines sur l’évolution de la dune du Pilat à travers le temps montrent que l’histoire du paysage fait déjà partie de ses préoccupations. Cette dernière est un élément phare du Pays de Buch, ce pays qu’il qualifie de « curieux » ou de « mystérieux », tant avant lui, il était même réputé pour n’avoir aucune histoire.

Le périmètre : Arcachon et Pays de Buch

    On peut donc être reconnaissant à Albert de Ricaudy d’avoir été un des premiers à valoriser ce pays, dans le cadre de ce qu’il appelle une histoire « décentralisée », c’est-à-dire non nationale, et de lui avoir donné ses lettres de noblesse. Cela est d’autant plus vrai qu’il le définit clairement par le périmètre de la partie nord de l’archiprêtré de Buch et Born, circonscription religieuse de l’Ancien régime, définition unanimement admise aujourd’hui. Ce n’est pourtant pas sans se poser des questions sur ses limites, comme on peut le voir dans le numéro 4 de la Revue d’avril 1929 et dans le numéro 10 d’octobre 1930. Il réfléchit alors à partir du plan du géographe du Roi J.B. Nollet de 1776, qui repousse dans le Médoc les paroisses du Temple, de Sainte-Hélène, de Saumos et de Salaunes. Par contre, il est partisan d’inclure au nord Lacanau, car sa partie sud a toujours fait partie du pays de Buch, ainsi que Belin-Béliet au sud comme le fait Nollet. À l’est, la limite a toujours été simple, celle de Croix d’Hins, c’est-à-dire la croix marquant la « finis », soit la frontière avec le Bordelais. Elle permet d’inclure Marcheprime, commune qui n’existait pas au temps d’Albert de Ricaudy.
    Le Pays de Buch est réellement la priorité affichée par Albert de Ricaudy si on en croit la couverture que revêt la Revue historique à partir du numéro 4 d’avril 1929. Certes, on n’y trouve pas de carte, comme c’est le cas par la suite pour la société d’Henri Marchou, mais on peut y voir une représentation allégorique du Pays de Buch. La position, en haut de la feuille, du dessin de l’église de la Teste-de-Buch, accolée à l’ancien château des captaux démoli au XIXe siècle, symbolise le poids de l’ancienne capitale au sens étymologique. À gauche et à droite sont dessinées les représentations symboliques des deux principaux métiers du pays, encore majoritaires au temps d’Albert de Ricaudy, les pommes de pin pour les résiniers, et les filets ainsi que l’ancre pour les pêcheurs et les marins. En bas, dans un cadre arrondi, trône Clio la muse de l’Histoire, mais elle est accompagnée à sa gauche par Amphitrite déesse de la mer avec son trident.
    Pour Albert de Ricaudy, il était clair qu’il fallait, dans les objectifs de la société, réaliser à terme des monographies sur chacune des communes du Pays de Buch. Mais évidemment, il n’a pas pu mener à bien cette ambition, qui demeure encore aujourd’hui un but à atteindre, tant il est difficile de réunir chercheurs et auteurs sur la totalité du pays. Signalons quand même, dès cette époque, la publication d’une étude exhaustive sur Mios réalisée par A. Delest en 1901, telle qu’on peut la découvrir au fil des numéros de la Revue.
    On peut tout de même s’interroger sur la toute première idée qui a présidé à la création de la Société, en lisant notamment le journal « l’Avenir d’Arcachon » du 13 décembre 1925 à la rubrique intitulée « initiative à prendre », article rédigé par Albert de Ricaudy lui-même. On y découvre alors la prééminence donnée au projet arcachonnais stricto sensu de rassembler tous les documents concernant la naissance de la commune à l’heure où les derniers témoins disparaissent : « il serait grand temps qu’un organisme ad hoc s’occupât de sauver de l’anéantissement […] une foule d’objets dont il deviendrait le centralisateur, en tous cas l’héritier ». On voit ainsi que le souci est d’abord un souci de type archivistique et relèverait plutôt d’une « histoire du temps présent » sur une surface restreinte, d’une histoire récente par comparaison avec le lointain passé considéré comme glorieux du captalat. D’ailleurs, cette démarche de rassemblement des sources ne semble pas relever des compétences d’une société historique locale, mais bien plutôt de celles de services d’archives. Pour de Ricaudy, les frontières sont floues.

Des objectifs partagés pour un large public

    Cette origine centrée sur les sources nous amène à examiner maintenant l’ensemble des buts recherchés par les deux sociétés historiques, et nous allons constater bien des similitudes. Étrangement, « récolter » et « conserver » « tout ce qui intéresse l’histoire de la région » est  toujours affiché comme une des actions de la société, au moins sur le site internet actuel, le bulletin étant plus réaliste en évoquant le terme « recenser » : il faut y voir par exemple la traduction de l’existence de sa bibliothèque – centre de documentation ouverte aux adhérents, qui n’existait bien sûr pas à l’époque d’Albert de Ricaudy. La société ne s’érige plus maintenant en conservateur de sources primaires. Mais son rôle est d’en signaler l’existence quand elles sont portées à sa connaissance, et éventuellement de veiller à leur conservation par d’autres organismes.
    Plus intéressant est l’usage que les deux sociétés disent faire de ces sources : la société actuelle parle de les « mettre en valeur » pour répondre à la curiosité de son public, mais ne développe pas en tant que telle la démarche de l’historien, même si elle la pratique dans son bulletin. Par contre, Henri Marchou, dans son rapport moral de décembre 1972, voulait susciter et aider la recherche, y former les personnes, faire connaître le résultat de tous les travaux. Il y avait bien là l’idée de faire partager le plus possible la méthode de l’historien. Albert de Ricaudy parlait de « fixer les résultats acquis », après comparaison des différentes thèses « sur les matières sujettes à controverses » (Avenir d’Arcachon, 9 octobre 1927). Même si, comme on l’a déjà dit, Albert de Ricaudy récusait le caractère scientifique de la démarche, c’est-à-dire du raisonnement fondé sur des preuves argumentées, on voit en tous cas qu’il pratiquait la confrontation des sources et des points de vue. Il disait qu’il fallait « appliquer à l’art de la résurrection du passé un savoir préalablement acquis et une méthode intelligente et sûre. »4
    Tout cela nous conduit à présent à la question du public, et là encore on va constater que la première société avait des idées très novatrices. A priori, on pourrait penser qu’à l’époque elle s’adressait plutôt à une élite sociale et culturelle. C’est ce qui ressort de son appel à concours dans le numéro 3 de la Revue, où sont cités successivement les élus « soucieux de l’intérêt de leurs communes et curieux du passé de ces dernières », les curés « dont la vaste érudition est bien connue », les instituteurs « dont l’esprit est si ouvert aux recherches de ce genre », et enfin « les châtelains et gros propriétaires dont beaucoup possèdent des archives dont ils méconnaissent la valeur ». Certes, tous ces notables de l’époque, participants éventuels, sont quant à eux utiles, des « personnes-ressources » comme on dirait aujourd’hui, intellectuellement, financièrement, ou en nature. Mais au-delà, Albert de Ricaudy précise bien qu’il s’adresse au plus large public possible sans exception : « nous sommes une Société populaire » affirme-t-il (en utilisant peut-être volontairement le terme utilisé sous la Révolution Française, ou signifiant tout simplement la notion d’éducation populaire). Dans le numéro 2 de la Revue on peut lire : « nous ne sommes pas plus une Société à thèses qu’une Société à catégories », cette dernière peut concerner tout le monde « tous sans exception, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, depuis le moins lettré jusqu’au plus savant ». Assurément, il y a une part de démagogie dans ces affirmations, qui ne sont guère suivies d’effet sur le moment. Il faut attendre la renaissance de la société en 1972 pour constater une vraie ouverture à ce qu’on pourrait appeler un « grand public cultivé », notamment via le corps enseignant.

Vulgariser l’Histoire :de l’« historisme » à l’« his-tourisme » ?

    Quoi qu’il en soit, Albert de Ricaudy voulait mettre l’histoire à la portée du plus grand nombre. Il proclamait dans le numéro 14 de la Revue en octobre 1931 : « nous sommes des vulgarisateurs et des généralisateurs ». Auparavant, dans l’Avenir d’Arcachon du 5 février 1928, il l’avait déjà affirmé : il faut « vulgariser l’Histoire d’Arcachon et du Pays de Buch », ainsi que dans celui du 9 octobre 1927, « vulgariser par des publications, des conférences, des excursions ou promenades ».
    Le terme « vulgarisation » a parfois aujourd’hui une connotation négative, de simplification de la pensée, voire de déformation, avec un certain mépris sous-jacent pour le public auquel on s’adresse. Pourtant, c’est dans un sens noble de mise à disposition du savoir qu’il faut entendre ici cette volonté, volonté de pédagogie de l’histoire, largement reprise ensuite par la société créée par Henri Marchou, ou la société actuelle, qui organise cours et travaux pratiques pour l’Université du temps libre d’Arcachon.
    Même si Albert de Ricaudy n’avait pas encore envisagé ce moyen de ce qu’il appelait faire de la « propagande » historique, force est de constater qu’il avait déjà décrit les principales activités de la société historique de maintenant. Il avait compris qu’il ne suffisait pas de répondre à une demande hypothétique d’histoire, mais qu’il était bon de « développer le goût de l’histoire » (numéro 2 de la Revue), « susciter de l’intérêt » pour le passé comme le dit la société actuelle.
    Il avait surtout compris le rapport étroit entre tourisme et histoire, le fait que la curiosité du touriste pouvait être aiguillonnée par des visites sur le terrain, que ce touriste soit un visiteur occasionnel ou un habitant du Pays de Buch. Pour développer la région, il lui semblait qu’on pouvait « renforcer la propagande touristique par la propagande historique inséparable de la première »5. Pour ce faire, il avait même inventé un néologisme, « l’historisme », qui occupa la une de l’Avenir d’Arcachon le 30 octobre 1932. Le journal se moque de cette invention que, d’après lui, Michelet n’eût pas approuvée. Mais Albert de Ricaudy tient à son raisonnement. Il définit l’historisme comme une « fraction d’histoire … qui s’extériorise et se promène ». En 1936, il change même le nom de la Société historique en « Société historique et touristique d’Arcachon et du pays de Buch ». Mais bientôt la grande crise est là, et elle reporte les rêves d’Albert de Ricaudy aux Trente Glorieuses et à leur développement de l’automobile pour tous.
    Pourtant, dès les années d’entre-deux-guerres, le chemin de fer n’a plus le monopole des transports modernes, et peu à peu l’automobile amène l’individu d’un  point à un autre en toute autonomie. Pour « jalonner », comme il dit, le parcours du touriste, Albert de Ricaudy crée en quelque sorte la notion de parcours historique et culturel avant la lettre. Il décide de placer ce qu’il appelle des écriteaux commémoratifs sur des lieux emblématiques de l’histoire locale. Parfois, il rencontre des oppositions comme à Andernos, devant la villa gallo-romaine tout juste découverte, à cause d’un différend avec le maire de l’époque. Mais le plus souvent, ses initiatives sont bien accueillies par les autorités qui y voient une façon concrète de baliser les points forts de l’histoire de leur commune et de les mettre en valeur. En vérité, ces panneaux sont plutôt là pour rappeler des lieux ou des faits disparus, dans une démarche plus mémorielle que vraiment historique. On peut citer par exemple la pose sur le mur extérieur de l’église Notre-Dame d’Arcachon le 27 juillet 1930, d’un panneau marquant l’emplacement de l’ancien ermitage, qui était un bâtiment distinct de la Chapelle des marins. Un panneau a été également apposé sur l’emplacement présumé de l’ancien château des captaux de Buch à La Teste, et un autre  à La Hume pour marquer le projet de canal des Landes, qui devait à l’origine déboucher sur le Bassin.
    On le voit, Albert de Ricaudy fut un précurseur pour bien des aspects du rôle de l’Histoire dans nos sociétés contemporaines, souvent curieuses de leurs racines. Le succès des journées européennes du patrimoine en témoigne. Là où la notion d’éco-tourisme existe à présent fortement autour du Bassin d’Arcachon avec des parcours de découverte du milieu naturel, on pourrait reprendre à notre compte, en l’adaptant, l’idée d’Albert de Ricaudy et mettre sur pied un véritable his-tourisme, complémentaire de l’éco-tourisme et articulé avec lui, notamment sur le thème du patrimoine marin.

Armelle BONIN-KERDON

NOTES
1. Henri Marchou éditorial n° 2.
2. Albert de Ricaudy, rapport annuel 1927-1928, in Revue historique du Pays de Buch, n° 3, janvier 1929.
3. Avertissement, in Revue historique du Pays de Buch, n°2, octobre 1928.
4. Discours d’Albert de Ricaudy au banquet annuel de la Société 4 octobre 1931.
5. Revue historique du Pays de Buch, n°4, avril 1929.

Extrait du Bulletin n° 152 de mai 2012 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch

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