Le clergé du Pays de Buch de 1789 à 1801 (1)

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LE CLERGÉ DU PAYS DE BUCH DE 1789 À 1801

PREMIÈRE PARTIE

(résumé des événements à l’échelon national et départemental)

 

La Révolution, qui versa rapidement dans l’antichristianisme et l’anticléricalisme, se montra dans ses débuts, tout au moins officiellement, respectueuse de la religion.

Le registre de la municipalité établie à La Teste de Buch, le 6 septembre 1789, fut ouvert « au nom de Dieu » et l’acte de Constitution de la municipalité est précédé du préambule suivant : « O Dieu, protecteur des droits sacrés de l’Homme, nous t’invoquons. Il est juste de te rendre hommage des biens inestimables que ta bonté nous dispense… etc »1.

L’archevêque de Bordeaux, Mgr Champion de Cicé, fut un des premiers à s’engager dans la voie des réformes et à réclamer aux États Généraux le vote par tête.

Le 2 novembre 1789, les biens de l’église sont mis à la disposition de la Nation par la Constituante sans que cette décision soulève de difficultés dans le diocèse.

Le décret de dissolution des Ordres Religieux du 13 février 1790 ne rencontre pas davantage d’opposition.

D’avril à mai 1790, tout le clergé du diocèse prêta le serment de maintenir la Constitution du royaume élaborée par la Constituante.

Tout va changer après le vote de la Constitution civile du clergé par la Constituante le 12 juillet 1790, bien qu’elle ait été approuvée par le Roi, le 22 juillet, et que la loi la promulguant ait été contresignée par l’archevêque de Bordeaux, Mgr de Cicé, devenu Garde des Sceaux le 4 août 1790. Mais celui-ci, le 20 novembre 1790, donne sa démission de Garde des Sceaux, condamne la Constitution civile du clergé et, peu après, émigré en Hollande d’abord, ensuite en Angleterre.

Le 27 novembre 1790, obligation est faite à tous les prêtres chargés d’un culte public de prêter serment à la Constitution civile. Le décret est sanctionné par le Roi le 26 décembre. En janvier 1791, pour l’ensemble des districts de Bordeaux, Bazas, La Réole, Cadillac, Libourne, Bourg et Bazas, on comptera 341 réfractaires au serment contre 418 jureurs. Mais ces chiffres ne concernent que les curés et vicaires des paroisses, les professeurs et aumôniers. N’étaient pas soumis au serment le clergé régulier et, dans le clergé séculier, les vicaires généraux, les chanoines et les prêtres sans affectation. Cependant, certains appartenant à ces catégories tinrent à faire connaître leur sentiment. Sur 417 réguliers, il y eut 49 jureurs contre 67 non jureurs et sur 215 séculiers non soumis au serment 29 jureurs contre 76 non jureurs2. Dans le même temps, obligation était faite aux religieux et religieuses d’opter soit pour leur dispersion avec jouissance d’une pension individuelle, soit pour leur entassement dans des monastères, tous ordres mélangés.

En mai 1791 furent publiés les Brefs du Pape des 10 et 13 mars condamnant la Constitution civile du clergé et la Constitution du Royaume. Enfin le 13 mars 1791, l’assemblée des électeurs du département, réunis dans la cathédrale Saint-André, avait promu à l’épiscopat le chanoine Pacareau, premier évêque constitutionnel de Bordeaux.

 

Constitutionnels et réfractaires.

Mgr Champion de Cicé, toujours archevêque de Bordeaux suivant les canons de l’Église, avant de partir en exil, avait délégué ses pouvoirs à ses vicaires généraux, les abbés Langoiran et de Laporte. Ce qui fait qu’à côté de l’église constitutionnelle subsista une église réfractaire dont l’influence était grande bien que ne disposant pas des édifices officiels et réduite à célébrer le culte dans des oratoires clandestins.

Exaspérés par cette résistance, les clubs révolutionnaires excitèrent la populace contre les prêtres réfractaires. Était particulièrement visé dans le diocèse de Bordeaux l’abbé Langoiran, l’ancien vicaire général de Mgr Champion de Cicé, que celui-ci avait désigné comme son représentant avant de partir pour l’exil.

L’abbé Langoiran était un homme de caractère et courageux. Le 20 novembre 1790, le procureur syndic du District lui ayant écrit : « Le Directoire du District est informé que vous fatiguez des communautés religieuses dont vous étiez le supérieur pour les engager à renouveler publiquement leurs vœux ». Il lui avait répondu : « Oui, Monsieur, je serai toujours le citoyen le plus tranquille et le plus soumis, mais personne au monde ne m’empêchera d’être sensible à la perte de l’état religieux ».

Le même procureur syndic étant intervenu au sujet de la Constitution Civile du clergé, il avait répliqué le 20 janvier 1791 : « Il me paraît étonnant qu’après avoir décrété la liberté religieuse, on réduise néanmoins cinquante mille ecclésiastiques à la cruelle alternative d’un faux serment ou d’une indigence sans ressource, qu’on dise à chacun d’eux meurs de faim ou jure contre tes lumières et ta conscience »3.

De Caudéran où il se dissimulait et dirigeait l’église réfractaire avec prudence car il se savait en danger, il écrivait le 12 mai 1791 : « Vous n’ignorez pas que nous sommes dans un temps où l’on a érigé presque partout des tribunaux inconstitutionnels, de l’inquisition la plus odieuse et la plus tyrannique quoiqu’on ait solennellement décrété la liberté de la presse et des opinions religieuses. Elle n ‘existe cette liberté, ou plutôt cette licence, que pour un parti qui a le droit de dire, d’écrire et défaire impunément tout ce qu’il juge à propos, tandis que les chaînes de l’intolérance sont tendues devant les amis sincères de la modération et de la vérité »4.

 

Le meurtre de l’abbé Langoiran.

Découvert et arrêté à Caudéran le 12 juillet 1792, l’abbé passe en justice et, reconnu innocent, est amené devant l’adminis­tration du Département qui siège dans l’Hôtel de Rohan, le ci-devant archevêché. C’est là que des forcenés s’emparent de lui, le tuent et lui coupent la tête qu’ils vont promener dans les rues de Bordeaux au bout d’une perche.

« Vous ne devez pas ignorer, écrit le citoyen Joffrait au citoyen Corneu, homme de loi, allées de Tourny, que sa tête a été promenée au bout d’un pique par une quantité prodigieuse de peuple, armés de sabres, d’épées, de haches et de bâtons. La multitude était si nombreuse que personne n’osait les attaquer.

Vers minuit, la municipalité me députe pour aller au devant de ces personnages. Je sors seul ; je descends du côté des Fossés de Bourgogne. J’entends une rumeur et j’aperçois les brigands qui venaient par la rue des Faures et gagnaient la rue Bouquière. Je revins sur mes pas et priai une compagnie de grenadiers qui était sur les Fossés de venir avec moi.

Comme les brigands allaient entrer dans la rue Bouquière, nous descendîmes la rue Saint James pour les attendre et les voir venir du côté du marché. Je demandai au capitaine des grenadiers d’aligner ses hommes le long des maisons, mais quand il vit venir cette bande armée, il me dit qu’il valait mieux ne pas rester céans, car ce serait nous exposer sa troupe et moi. Je lui répondis «Comment, ces gens vous font peur -Toute la ville est en alarme, pouvez-vous admettre cela ?». Je l’assurai que je commencerai par prendre la voie de la douceur avec les émeutiers. Rien n’y fit et je restai seul avec un patriote, cordonnier de son état, demeurant rue Bouquière, au coin de la rue Désirade, qui me dit «Je ne vous quitte pas, si vous périssez, je périrai avec vous ».

Quand les émeutiers arrivèrent, je leur demandai s’ils n’étaient pas lassés du désordre qu’ils créaient dans la ville et je leur proposai de me remettre la tête de l’abbé ou de m’accompagner à la maison commune pour l’y déposer. Plusieurs alors me sautèrent dessus, déchirant mes vêtements et déclarant que j’étais un Jean-Foutre. Je réussis à les calmer et leur déclarai que s’ils m’accompagnaient je répondais d’eux. Ils me suivirent et nous arrivâmes à la maison commune où j’entrai seul, les autres, brandissant toujours la tête de l’abbé, restant dehors.

Alors qu’on me félicitait de ma conduite, quelqu’un vint me prévenir que la colonne des émeutiers venait de partir. Je sors, je cours et je les rattrape rue Bonot et je réussis à les convaincre de revenir à la maison commune devant laquelle venait de prendre position la troupe soldée à cheval. Je me fais remettre la tête de Langoiran, la confie à un cavalier puis retourne auprès des émeutiers pour leur dire de se retirer, ce qu’ils firent.

En me regardant, je vis alors que j’étais tout décoleté, déchiré, mes boucles en morceaux, tant des souliers que des jarretières. Mes vêtements étaient aussi trempés que si j’étais tombé dans l’eau ; j’avais perdu mon chapeau. Je courus chez moi en remerciant Dieu de m’avoir conservé la vie. J’aurais dû périr dix fois »4.

Il est triste de constater qu’en fait d’horreurs, Bordeaux a été en avance sur Paris où les premiers massacres d’ecclésiastiques n’eurent lieu qu’au début de septembre, mais coûtèrent la vie à cent onze prêtres et évêques.

 

Les événements se précipitent.

Le 17 août 1792, l’Assemblée décrète l’extinction absolue de la vie monacale « pour dissiper les restes du fanatisme ».

Le 26 août, elle décide que les ecclésiastiques qui n’auront pas prêté le serment « à la liberté et à l’égalité », nouveau serment prescrit par décret du 15 août 1792, devront quitter le territoire national ou seront expulsés sous quinzaine.

Le 20 septembre 1792, il fut signifié au clergé constitutionnel que le divorce était légal, que l’État Civil ne serait plus un service d’église, enfin que la bénédiction nuptiale devait être accordée aux laïcs divorcés et aux prêtres las du célibat.

Le 18 mars 1793, la Convention décrète la peine de mort contre les prêtres réfractaires qui n’auraient pas encore quitté le territoire national en exécution des décisions du 26 août 1792, ou qui seraient revenus. Le 25 mars, les citoyens Paganel et Garrau, commissaires de la Convention Nationale pour les départements de la Gironde et de Lot-et-Garonne, prirent l’arrêté d’application suivant : « Considérant que la rébellion qui a éclaté dans les départements de la Vendée et de la Loire Inférieure n’a obtenu quelques succès que par les intelligences secrètes que les aristocrates du dehors ont entretenues avec les prêtres fanatiques du dedans … requérons les citoyens administrateurs du département de la Gironde de faire arrêter, traduire et retenir dans une maison de sûreté …etc »4. Une dénonciation faite par six habitants du département était suffisante pour qu’il soit procédé à l’arrestation.

Le 23 avril 1793, il est décrété que les chanoines, prêtres habitués, anciens religieux qui n’ont pas prêté le serment de « Liberté et Égalité » prescrit pour remplacer celui d’adhésion à la Constitution Civile du clergé, seraient déportés dans les colonies. En Gironde, les prêtres en instance de déportation furent incarcérés au Fort Pâté où ils couchaient dans l’eau. En raison des décès qui survinrent, ceux qui avaient survécu furent transférés dans la citadelle de Blaye. La municipalité de Blaye fit savoir à Bordeaux qu’elle ne pouvait pas assurer la nourriture de « cette garnison sacrée » car elle pensait que ces prêtres « quoique le méritant bien » ne pouvaient être nourris uniquement au pain et à l’eau jusqu’à leur départ pour la Guyane4.

Le 16 octobre 1793, après l’échec de l’insurrection girondine, les représentants de la Convention en Gironde qui s’étaient réfugiés à La Réole rentrèrent à Bordeaux. La persécution religieuse devint intense, n’épargnant pas l’église constitutionnelle dont les ministres durent déposer leurs lettres de prêtrise. L’évêque Pacareau donna l’exemple le premier. Le calendrier chrétien fut remplacé par le calendrier républicain et le jour du seigneur par le Décadi.

Le 21 octobre 1793, il fut décrété que les prêtres réfractaires qui se présenteraient dans les dix jours seraient déportés en Guyane. Ceux qui ne se présenteraient pas étaient passibles de la peine de mort.

Le 20 novembre 1793, la cathédrale Saint-André était utilisée comme grange à fourrage. Ne faisant plus de différence entre le clergé constitutionnel et le clergé réfractaire, la Convention se lança dans une vaste entreprise de « déprêtrisation » et d’irréligion. En même temps que l’on dressait un calendrier des fêtes républicaines pour remplacer celles du calendrier chrétien, on décrétait la peine de mort contre quiconque aurait caché un prêtre catholique. Pour satisfaire les disciples de Jean-Jacques Rousseau, on remplace le Dieu de la Bible et de l’Evangile par un Etre Suprême dont Robespierre célébra la fête à Paris le 8 juin 1794. En cette année 1794, à peu près partout en France, le culte catholique n’était plus célébré que clandestinement.

Inaugurée à Bordeaux le 25 octobre 1793, la guillotine connut un fonctionnement accéléré à partir de juin 1794. Parmi les 96 suppliciés, il y eut 20 prêtres et 23 religieuses(2). La file d’attente était telle au pied de l’échafaud qu’il fut question de mettre en service une guillotine à quatre couperets plus expéditive5.

 

De la fin de la Terreur au Concordat.

L’exécution de Robespierre, le 10 thermidor an III (28 juillet 1794), mit fin à la Terreur. Lacombe, son émule bordelais, « le type le plus parfait du criminel, presque beau à force d’être complet », selon Camille Jullian, monta sur l’échafaud à un seul couperet quelques jours plus tard, le 14 août 1794.

La Convention, le 3 ventôse an III (21 février 1795), décida la liberté du culte et le 11 prairial (30 mai) déclara utilisables pour les cérémonies religieuses les lieux du culte qui n’avaient pas été vendus. La loi du 24 août 1797 permit le retour des prêtres en exil à condition qu’ils fassent serment de soumission aux lois de la République et reconnaissent que l’universalité des citoyens était le souverain. La Constitution Civile du clergé cessait d’être en vigueur ; les prêtres n’étaient plus des ministres du culte salariés par la République.

L’agitation royaliste à laquelle on disait le clergé favorable freinèrent ces bonnes manières à l’égard du catholicisme et recommencèrent, à partir de novembre 1795, la persécution et les mesures vexatoires. Des entraves furent apportées à l’exercice du culte et les lois contre les prêtres réfractaires remises en vigueur.

À propos de ces prêtres réfractaires, Baleste-Marichon, commissaire du Directoire exécutif dans le canton de La Teste, dans une lettre datée du 13 vendémiaire an V (octobre 1796), adressée au District, déclarait : « Je n’ai pas connaissance qu’il ait paru encore dans l’étendue de mon arrondissement aucun prêtre réfractaire. Je surveillerai plus particulièrement à l’avenir cette classe d’hommes s’ils tentaient de passer ». Comme on le voit, l’anticléricalisme ne sévissait pas que dans les hautes sphères gouvernementales.

Ce renouveau de persécution s’accéléra après le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) qui permit au Directoire d’annuler les élections dans 49 départements où avaient été élus des députés royalistes. Les mesures anticléricales et antireligieuses cessèrent après le coup d’État du 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799). Pour attirer à lui les catholiques et les prêtres réfractaires, le général Bonaparte, premier Consul, fit engager dès l’année 1800 des pourparlers avec le Pape qui aboutirent à un concordat en 1801.

De Londres, le 8 octobre 1801, Mgr Champion de Cicé, toujours légitimement archevêque de Bordeaux, annonça à ses diocésains qu’à la demande du souverain Pontife, il donnait sa démission d’archevêque de Bordeaux. Il souhaitait que la providence accorde à son ancien diocèse « un pasteur selon son coeur qui répare nos fautes et supplée à notre insuffisance »6.

À l’exemple de leur évêque, la plupart des curés des parois­ses du Pays de Buch furent insuffisants et fautifs, mais pour les juger équitablement, il convenait d’exposer d’abord les circonstances dans lesquelles ils se trouvèrent.

 

1 Archives Départementales Gironde 4 L 147

2. « Le diocèse de Bordeaux » publié sous la direction de Bernard Guillemain, pages 174 et 175

3. Arch. Municipales Bordeaux B 4/20

4. Arch. Départ. Gironde 3 L 361

5. Arch. Départ. Gironde 14 L 42

6.  Arch. Départ. Gironde 3 J L 5

 

DEUXIÈME PARTIE

 

Les paroisses du Pays de Buch dans l’ordre alphabétique.

 

ANDERNOS

En 1789, la paroisse d’Andernos dépendait du prieuré du Barp appartenant à l’ordre des Feuillants. Le prieur du Barp, curé titulaire d’Andernos, avait sur place pour assurer le culte un vicaire perpétuel ; c’était M. Burke. Celui-ci décéda le 24 avril 1790 et fut remplacé par le curé de Biganos, l’abbé Duluc, qui célébra à Andernos pour la première fois le 16 mai 1790. Ce prêtre « se révéla vite combatif, ultra mondain et ennemi de l’ordre nouveau »1.

Le lundi 17 janvier 1791 « devant deux officiers municipaux d’Andernos encadrant le maire » il jurait d’être fidèle à la Nation, à la loi et au Roi et de maintenir la Constitution votée par l’Assemblée et acceptée par le Roi, mais, dans la déclaration écrite qu’il remit au maire, il avait ajouté : « Je jure aussi de ne m’engager en rien de contraire aux droits spirituels de l’Église, ayant résolu de vivre et de mourir en vrai ministre de la religion catholique, apostolique et romaine ». Le maire, qui n’avait pas porté attention à ces restrictions, délivra une attestation de serment au curé Duluc, mais le procureur de la commune plus éveillé rendit compte au District. Mandé à Bordeaux pour s’expliquer, le maire assura les administrateurs du District que le curé Duluc se présenterait devant eux pour faire amende honorable1.

Le curé Duluc non seulement refusa d’aller à Bordeaux mais encore, le dimanche 26 avril 1791, au prône de la messe paroissiale, déclara que le Pape venant de condamner la Constitution civile du clergé, il rétractait le serment qu’il avait prêté à cette dernière.

Le 30 mai 1791, sommé de quitter le presbytère, le curé Duluc refusa ; le 5 juin 1791, le Conseil Général de la commune décida son expulsion pour le lendemain. Prévenu, le prêtre vida les lieux et alla se réfugier au château d’Arès, emportant les principaux objets du culte. Le 7 juin, il alla célébrer une messe à Lège et le 8 revint en célébrer une carillonnée à Andernos.

Sur une réquisition de la municipalité en date du 23 juin 1791, il quitta définitivement le pays1.

Jusqu’au Concordat, Andernos n’aura plus de curé titulaire. Le culte y fut célébré épisodiquement par des prêtres errants ayant prêté serment, tel l’abbé Compastrucq qui s’était installé à Lège et qui manifestait plus d’intérêt pour la pêche en mer que pour les offices. Le 29 juillet 1794, l’officier municipal Menaut, d’Andernos, rend compte : « … le prêtre que nous avions dans notre commune était le citoyen Compastrucq qui a abdiqué et donné sa démission. Il n’est pas marié. L’Agent maritime le réclame auprès de lui il nous a toujours donné des preuves du plus pur civisme ». Il y eut aussi un certain abbé Jenning. Lors de la signature du Concordat était présent l’abbé Clouet, qui devait loger ailleurs qu’au presbytère, celui-ci ayant été vendu par la municipalité le 31 janvier 1797.

L’abbé Clouet avait prêté serment le 8 octobre 1792, comme curé de Puybarban dans le canton de Castets2. Le 15 vendémiaire an VI (6 octobre 1797), il est attesté comme ministre du culte catholique à Lège, le 9 thermidor an VI (27 juillet 1798) à Ander­nos. Le canton de La Teste à la même date le signale domicilié à Andernos où il exercerait comme ministre du culte depuis envi­ron un an2.

Après le Concordat, il décida de faire sa soumission à Mgr d’Aviau et se présenta à M. de Laporte, son vicaire général. Celui-ci a noté : « L’intrus nommé Clouet, connu sous le nom de père Sylvestre quand il était capucin, s’est présenté pour se rétracter, se soumettant à tout ce que je voudrais. Mais il ne m’a paru de bonne foi. J’ai eu toutes les peines du monde à lui faire comprendre que je ne pourrais le confesser le vendredi, l’absoudre le samedi et le renvoyer exercer ses fonctions le dimanche.

Cependant, il a consenti à cesser ses fonctions. J’ai appris le lendemain que le coquin avait été me dénoncer à Pierre-Pierre pour avoir exigé qu’il se rétractât et qu’il cessât ses fonctions »3.

Pierre-Pierre désigne vraisemblablement Partarieu, premier juge au Tribunal criminel du Département de la Gironde qui, dans une lettre à Mgr d’Aviau datée du 4 août, s’éleva violemment contre la rétractation exigée par le vicaire général (3), mais le 17 messidor an XI (juillet 1803), le préfet informait l’archevêque qu’il avait notifié en prairial (mai) à Clouet, prêtre marié, de s’abstenir désormais des fonctions ecclésiastiques4.

Le 9 juillet 1804, Clouet, finalement, se soumettait. Il condamnait la Constitution civile du clergé ; il confessait sa pusillanimité, regrettait son mariage. Son unique désir était de vivre sous l’obéissance de Mgr d’Aviau et il se proposait à l’avenir de mener une conduite véritablement sacerdotale5.

1. « La vie municipale d’Andernos et d’Arès sous la Révolution » par Jean Dumas (concernant l’abbé Duluc, voir «Paroisse de Béliet»).

2. Arch. Départ. 11 L 222

3. Arch. Départ. 2 V 179

4. Arch. départ. 2 V 8

5. Arch. départ. 2 V 65

 

AUDENGE

Le curé d’Audenge, en 1789, est Alexandre Mac Donald ; il est en même temps archiprêtre de l’archiprêtré de Buch et de Born. Après la réorganisation territoriale de l’église, il ne fut plus que curé d’Audenge. En cette qualité, il prêta tous les serments exigés, ce qui ne l’empêcha pas d’éprouver la mésaventure suivante en novembre 1793.

Il s’était rendu à La Teste de Buch pour prier le citoyen Marichon, procureur de la Commune, d’exposer par écrit aux représentants du peuple en mission à Bordeaux que lui, Mac Donald, était naturalisé français depuis trente ans et que, par conséquent, le décret de la Convention ordonnant l’arrestation de tous les étrangers ressortissants de pays en guerre avec la France ne pouvait lui être appliqué.

Marichon lui fixa un rendez-vous à son domicile. Quand il s’y présenta, au jour et à l’heure fixés, Mac Donald ne trouva pas Marichon ; celui-ci était à la maison commune. Mac Donald s’y rendit et s’y vit mis en état d’arrestation1. La Commune rendit compte au District en ces termes : « Nous avons mis en arrestation Alexandre Mac Donald, curé de la paroisse d’Audenge, dans notre canton, comme Irlandais. Ignorant pourquoi la municipalité d’Audenge n’avait pas exécuté la loi, nous avons pensé devoir le faire dès qu’il est apparu dans notre commune. Salut et fraternité »2.

Le curé Mac Donald resta en prison une quarantaine de jours sans autres secours que ceux de la bienveillance de quelques amis. Il fut libéré après la parution de la loi exemptant d’arresta­tion les étrangers ayant donné des preuves de civisme1 et revint à Audenge où, en 1794, il remettra ses lettres de prêtrise. Le 12 juillet 1795, il s’adresse à ses paroissiens pour leur faire part de ses remords : « Pasteur infidèle, j’ai trahi par ma lâcheté le plus saint des devoirs J’aurais dû au moins entendre et obéir à la voix du Souverain Pontife… J’aurais dû me rétracter dans le temps prescrit par son Bref… J’ai continué les fonctions de mon ministère … vint le moment de l’apostasie universelle, la remise des lettres de prêtrise. Hélas ! J’ai joint ce crime à tant d’autres, dominé par la crainte… Je déclare présentement que je me rétracte de tous les serments que j’ai faits, soit par force ou par timidité...»3.

Cette déclaration est signée en tant que curé d’Audenge et archiprêtre de Buch et de Born. À Bordeaux, le premier vendémiaire an IV (22 septembre 1795), il signera une déclaration en avançant seulement son titre de curé d’Audenge où, semble-t-il, il n’exerce plus1.

Arriva en effet à Audenge, en décembre 1795, le citoyen Bardy, lequel était l’ancien curé de l’Isle Saint-Georges où il avait abdiqué le sacerdoce et remit ses lettres de prêtrise le 10 germinal an II (30 mars 1794).

Bardy ouvrit une école à Audenge et se nomma curé de la paroisse. Il prêta serment à la République, à la Constitution de l’an III, jura haine à la Royauté et à l’anarchie devant l’administration du canton de La Teste, le 2 vendémiaire an VI (23 septembre 1797), comme ministre du culte à Audenge.

M. de Laporte, le vicaire général de Mgr d’Aviau, le signale toujours à Audenge au moment de la signature du Concordat : « À Audenge, écrit-il, il y a un intrus, M. Bardy, en religion père Prosper, frère recollet. On ne croit pas qu’il soit prêtre et sa conduite ne le fait pas présumer »4. Cependant, Bardy figure sur la liste des prêtres du diocèse ayant signé la déclaration d’adhésion au Concordat exi­gée par le Cardinal légat Caprara dans sa lettre du 10 juin 18025.

Sans doute à cause de sa conduite, Bardy ne fut pas laissé à Audenge. L’ancien curé Mac Donald étant devenu infirme, Turpin, curé de Lan ton, ayant signé la déclaration d’adhésion au Concordat, fut commissionné à Audenge. Il tomba malade en 1803.

En raison de la maladie et des difficultés de Turpin avec le maire d’Audenge, l’archevêque délégua comme commissaire à Audenge le chanoine Desbiey. C’est celui-ci qui présida la cérémonie de fermeture définitive de la chapelle Saint-Yves, le 19 mai 1804.

1. Biblioth. Municipale de Bordeaux D.74159, pièce justificative n° 22

2. Arch. départ. 4 L 152 – Lettre 404

3. Il avait cependant manifesté du courage le 2 octobre 1792. Une famille de Biganos lui ayant amené un enfant à baptiser, il avait précisé sur le registre des baptêmes qu’il l’avait baptisé parce que le curé de Biganos était absent « fuyant la persécution des ennemis de la religion catholique et romaine » (arch. départ. E supplément 196)

4. Notes sur le clergé bordelais en 1802. Fonds Abbé Gaillard. Manuscrit 404 (Arch. municipales Bordeaux)

5. Arch. départ. 2 V 65.

 

BÉLIET

Le curé, M. Joly de Blazon, meurt et est inhumé à Béliet le 18 avril 17911. Il est remplacé par le prêtre jureur Jean Pées, du diocèse de Lescar, ayant quitté celui-ci pour la paroisse de Sainte-Hélène, dans le diocèse de Bordeaux. Installé à Béliet, il a des difficultés incessantes avec la municipalité, aussi quitte-t-il Béliet en mai 1792 pour Saint Magne.2

Ce prêtre agité n’hésitait pas à se faire le délateur de ses confrères. Assurant en plus du service de la cure de Béliet celui du vicariat de Salles, c’est en qualité de vicaire de Salles que le 21 janvier 1792 il se présenta devant le conseil général de cette commune auquel il déclara : « Étant à l’auberge au delà de l’Eyre, j’y ai trouvé une personne, qui se dit desservant de la paroisse de Sanguinet, qui a dit publiquement que toute personne qui se confessait aux prêtres constitutionnels se confessait à des chiens et que tous les sacrements qu’ils administraient étaient autant de sacrilèges et que tous les prêtres constitutionnels étaient des apostats, et, au surplus, le susdit desservant de Sanguinet a dit hautement qu’il n’avait quoi faire du maire ni de la municipalité de Salles »2.

Ce desservant de Sanguinet était l’abbé Duluc, ancien curé de Biganos et d’Andernos.

Après Pées, le culte fut assuré par J.B Bellard. Celui-ci étant curé de Lugos avait été muté à Ludon, en Médoc, par l’évêque métropolitain en 1791. Sans doute nostalgique des bords de L’Eyre, profitant du désordre général et ayant appris le départ de Pées, il vint s’installer à Béliet où il fut d’abord bien accueilli. Le 12 décembre 1792, c’est lui qui préside l’assemblée électorale réunie pour élire la nouvelle municipalité dans laquelle il prit place comme notable. Mais on se lassa vite de lui et quand il eut abandonné la prêtrise et se fut retiré à Salles, le 25 frimaire an II (Décembre 1793), la municipalité de Béliet écrivit aux administrateurs du district ce morceau d’anthologie : « Enfin nous voilà débarassés de ce qu’on appelait apôtre d’un bon Dieu. Il nous a remis ses parchemins que l’homme chargé de crosse et de mitre lui avait délégué pour exercer le métier de sa clique. Il nous a remis tous les outils dont il se servait dans ses opérations qui sont de bel argent. Il nous a remis les clefs de la ci-devant épouse de ce soi disant apôtre. Nous avons fermé avec joie cette pucelle de vérité et fait cesser tous les carillonnements qui étourdissaient nos campagnes. Nous avons envoyé au paradis tous les saints et les compagnonnes. De crainte qu’ils eussent froid dans leur voyage nous les avons joliment fait chauffer.

Cette maison où l’on entendait que des mensonges va être aujour­d’hui celle où l’on ne dira que la vérité et la raison, où l’on ne cessera de crier, et nous ne cesserons de crier, que haine et guerre éternelle aux tirans,aux royalistes, égoïstes, modératistes, aux accapareurs et à ce soit disant apôtre… Croyez-nous, vrais sans culottes… Salut et fraternité ». (3)

Le culte reprendra à Béliet, la paix religieuse revenue avec l’abbé Jean Sabès, prêtre jureur mais ayant rétracté son serment et arrivant d’Espagne où il s’était exilé.

1. Arch. Départ. E supplément 457.

2. « La baronnie de Saint Magne », par l’abbé Gaillard.

3. Arch. Départ. 4 L. 138

 

BIGANOS

Les sentiments religieux des paroissiens de Biganos ne paraissent pas avoir été d’un haut niveau à la fin du dix-huitième siècle si l’on en juge par cet avis au public délibéré par la municipalité le 27 décembre 1791 : « … il est également déffendu sous la même peine de vendre du vin ni autres marchandises dans l’église, ny dans le cimetière, ny même d’enporter pendant la messe, ni autres offices divins dans la dite église, sous la même peine de confiscation tous les bouviers qui partiront pour Bordeaux avant la messe ou chargeront des huîtres aussi le dimanche avant la messe, seront condamnés à payer une amande de six livres … la susdite amande sera payée trois livres par le bouvier, les trois autres livres par le marinier du dit bouvier.

Il est ordonné au sacristain de sonner la cloche à neuf heures et au commandant de la garde nationale de faire patrouille ou de faire veiller surtout le dimanche et les fettes »1.

Le 23 mars 1792, la municipalité arrêta que le sacristain recevra par an un quart de blé de chaque propriétaire d’une paire de bœufs et dix sols de chaque famille n’ayant pas de bœufs. Il ne sera plus obligé de dresser le rôle de la paroisse, ni de tenir le livre de la Fabrique « comme il l’était cy-devant» et il ne sonnera l’angélus à 11 heures que les jours de jeûne. Ce fut le maire Lafon qui se porta volontaire pour remplir les fonctions de sacristain «en se soumettant aux obligations ci-dessus inscrites »1.

Le curé de l’époque était M. Martial Pons qui, en mai 1790, avait remplacé l’abbé Duluc muté à Andernos.

Le 23 septembre 1792 fut lue dans l’église de Biganos, à l’issue de la messe paroissiale, la loi du 26 août 1792 obligeant tous les prêtres qui refusaient le serment Liberté Égalité à quitter le territoire national dans la quinzaine. Le curé Martial Pons déclara alors au maire qu’il voulait se rendre en Espagne par Belin, Labouheyre, Bayonne et Saint-Jean de Luz. Lafon lui délivra un laissez-passer le 29 septembre 1792, valable jusqu’au 7 octobre 1792, sur lequel il attestait que le sus-dit Pons, âgé d’environ 39 ans, de taille de 5 pieds 6 pouces, le corps droit, d’un tempérament sec, le visage marqué de la petite vérole, le nez court, les yeux gros et un peu jaunes, les sourcils et les cheveux noirs, était de bonne vie et mœurs, n’avait jamais parlé contre la Constitution et avait toujours prêché la paix et la tranquillité. Tous ceux auxquels il se présenterait étaient priés de lui porter secours et assistance. Ce laissez-passer était signé par le curé, le maire, le procureur de la commune Mendès et le secrétaire Saget1.

Quinze mois plus tard, le ton n’était plus le même. On lit en effet sur le registre des délibérations de la commune : « La commune de Biganos a l’honneur (sic) d’être privée depuis quinze mois d’un jean-foutre de curé qui est passé soi disant en Espagne. Vo­tre commissaire s’est porté chez la citoyenne Veuve Berterrechte pour faire la vérification de ce que l’apôtre, ci-dessus décrit, avait laissé et n’a trouvé que quelques linges, soutane, bréviaire, batterie de cuisine, assiettes, table, garde-mengé, une couate, une couverte, deux malles et un vieux parasol »1.

Mais la Terreur passée, ce n’est plus un « honneur » à Biga­nos d’être privé de la présence d’un curé ; en juillet 1799, il y en a un, appelé Jean-François Février, vraisemblablement un de ces nombreux prêtres jureurs, ayant abandonné leurs fonctions dans la paroisse dont ils étaient titulaires et cherchant à se recaser quelque part. D’après une attestation du 11 messidor an VI de l’agent municipal de la commune du Teich, Jean-François Février avait été le curé de Villemblard dans le département de la Dordogne et avait été sept mois ministre du culte au Teich avant de s’installer à Biganos2.

En 1802, le desservant est Jean-Baptiste Siscan. Il appartient au diocèse de Bordeaux et, dans une lettre du 20 thermidor an II, cinquante six habitants de Biganos dont trois anciens maires, demandent à l’archevêque son maintien dans la paroisse « où il est journellement comblé de louanges et de bénédictions »3.

1. Arch. départ. 4 L 139

2. Arch. départ. 11 L 222

3. Arch. départ. 2 V 123

 

CAZAUX

Au début de l’année 1789 était curé de Cazaux l’abbé de Brissac. Le 18 janvier, il baptise Marie Sensey. Son nom ne figure plus sur les registres de catholicité après cette date. Le 14 juillet 1789 Jacques Sauvy, nommé par Mgr Champion de Cicé, prend possession de la cure de Cazaux, devenue vacante à la suite du décès de M. de Brissac1.

Le curé Sauvy refuse de prêter serment et quitte Cazaux. Le 3 avril 1791 l’abbé Fage, vicaire à Saint Macaire où il a prêté serment, est affecté à la cure de Cazaux, mais ne rejoint pas. En 1796, l’ancien curé de Gujan, Garros, qui a juré, abandonné le sacerdoce et s’est marié, vient s’installer de lui même à Cazaux comme ministre du culte. Le 25 novembre 1796, il prête le serment de soumission et d’obéissance aux lois de la République et le 23 septembre 1797 celui de haine à la royauté. Le 13 juillet 1798 il demande, se disant curé de Cazaux, la pension réservée aux prêtres assermentés. Puis il quitte Cazaux pour Sanguinet.

Il n’y a plus de culte à Cazaux qui, à partir de la signature du Concordat, ne sera plus qu’une annexe de la paroisse de La Teste.

. Arch. Départ. Gironde 3 E 22667

 

GUJAN

Siméon Garros, natif de la commune de Castillon dans le Gers, arriva à Gujan en 1789, succédant au curé Vignes. Il prêta serment à la Constitution civile du clergé quand on le lui demanda. En ce temps, le Conseil Général de la commune était composé apparemment de bons chrétiens. Siméon Garros ayant décidé de faire un voyage à Bordeaux, le maire Dunouguey refuse de le laisser partir s’il ne trouve pas un remplaçant provisoire. Le chapelain d’Arcachon et le curé de La Teste ne pouvant faire l’affaire, le curé Garros est averti qu’il lui sera dressé procès verbal s’il part sans laisser à sa place un desservant pour « voler au secourt de ceux qui seraient en nécessité de l’auguste ministère d’un prêtre »1.

Le curé Garros ne trouve pas de remplaçant, il part quand même à Bordeaux et le maire Dunouguey lui dresse procès verbal. Il reviendra, bien entendu, dans sa paroisse, mais la situation a évolué : la monarchie a été abolie, il y a eu de nouvelles élections et le nouveau maire Caupos n’est pas dans les mêmes sentiments que son prédécesseur.

Le 8 germinal an II (mars 1794), il écrit au District que le curé de sa commune « n’a point abdiqué, au contraire il continue à dire des oremus à quelques fanatiques que nous espérons peu à peu mettre à Ia hauteur de la Révolution »1. Nouvelle lettre en mai 1794 : « Notre ci-devant prêtre n’a plus fait aucun tour de gobelet et nos concitoyens ne sont ni malades, ni inquiets, il dézirent seulement l’establissement prompt des fêtes décadaires. En attendant nous les entretenons par les lectures des divers rapports de Saint Just, Billaud-Varennes et Robes­pierre (sic) sur l’établissement des fêtes décadaires »1.

Peu rassuré devant un énergumène comme le maire Cau­pos, Siméon Garros a donc remis ses lettres de prêtrise. Il ira plus loin. Bien que la Terreur soit finie et Lacombe guillotiné à Bordeaux, en septembre 1794 il se mariera avec sa servante et ouvrira un cabaret.

En février 1795, après que la Convention eut décrété la liberté du culte, des catholiques de Gujan recherchèrent un prêtre qui n’ait pas un passé scandaleux et trouvèrent à Bordeaux l’abbé Arnaud ; il lui demandèrent de devenir leur curé à Gujan. Ce prêtre vint à Gujan et au début exerça les fonctions curiales à la satisfaction générale. Devant son succès, peut-être jaloux, peut-être pris de remords, peut-être poussé par une minorité de Gujanais violemment révolutionnaires, Garros décida de reprendre sa place d’ancien curé, disputant l’église et la sacristie à l’abbé Arnaud. Ils ont chacun leurs partisans et cette division de la population créent des troubles sérieux au point que Baleste-Marichon, commissaire du Directoire Exécutif pour le canton de La Teste, le 14 Germinal an IV (3 avril 1796), ordonne la fermeture de l’église jusqu’à décision de l’administration départementale. Celle-ci, le 18 germinal, arrête que l’église de Gujan sera mise à la disposition des ministres du culte Garros et Arnaud et de leurs fidèles suivant un horaire à fixer par l’administration du canton, établi de façon « que les sectateurs de l’un ne se rencontrent jamais avec les sectateurs d’autre »2.

Cette décision ne satisfit évidemment pas les deux parties. L’abbé Arnaud était un bon prêtre, qui avait refusé de prêter serment et fait de la prison à Bordeaux, mais ce n’était pas un batailleur. Le vicaire général de Laporte le note ainsi : « Prêtre respectable, du zèle, des moyens, mais fort peu de forces physique s». Finalement, il quittera Gujan et Garros, conscient de l’hostilité de la majorité de la paroisse envers sa personne, fera de même et se nommera curé de Cazaux.

C’est alors que venant du Porge s’installera à Gujan le nommé Izerne, divisant à son tour la population. En mai 1798 deux pétitions sont envoyées à l’évêque métropolitain Lacombe, qui essaie de reconstituer l’église constitutionnelle, l’une réclamant le départ d’Izerne « constamment dans les tripots, faisant le médecin empirique pour gagner de l’argent, refusant d’officier sous prétexte qu’on ne le paie pas assez ; de plus son ordination serait douteuse », l’autre sollicitant le maintien à Gujan d’Izerne « dont la vie privée, sacerdotale et publique le rende cher à tous »3.

En 1801 Izerne est toujours à Gujan puisque c’est en qualité de desservant de Gujan qu’il assistera le 16 février 1801, à l’installation à La Teste de l’abbé Guinle comme curé de cette paroisse.

En 1804, il n’est plus à Gujan, desservie par le curé Damis. C’est ce dernier qui, sur le registre des décès attestera, à la date du 16 septembre 1804, l’inhumation dans le cimetière de l’ancien curé Garros, revenu un an plus tôt se retirer à Gujan.

1. Arch. départ. 4 L 145

2. Arch. départ. 11 L210

3. Arch. départ. 11 V 150

 

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Extrait du Bulletin n° 59 du 1er trimestre 1989 de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.

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