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Les Taffard de La Teste

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Les Taffard de La Teste

Les noms de Baleste et Taffard sont parmi les plus anciens de la paroisse de La Teste. Sont en effet mentionnés dans le rôle des habitants de 1451 trois Baleste et un P. de Tafart1.
Cent cinquante ans plus tard, on trouve encore de nombreux Taffard à La Teste. Mais il en existe d’autres dans la lande girondine, autour de Cestas et Cadaujac, et au XVIIIe siècle d’autres encore dans la banlieue bordelaise2.
Bien que l’orthographe des noms de famille fût souvent incertaine, le nom est généralement écrit avec un D final plutôt qu’avec un T. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la tendance de l’Administration était d’écrire Taffart plutôt que Taffard ; ainsi, le colonel Taffart de Saint-Germain, né en 1842, conservait la finale T.
On peut noter aussi qu’au début du XVIIe siècle (et déjà au XVIe siècle) une des plus notables familles de La Teste était celle des Baleste-Tahart. Il s’agit manifestement d’une déformation du nom Taffart avec mutation du F en H aspiré, comme ce fut le cas de Ruffat devenu Ruat, mais avec la suppression du H.
Cela confirme l’ancienneté et l’importance des Taffard puisqu’une famille Baleste avait adjoint à son nom celui d’une autre famille.
Aujourd’hui, le nom de Taffard suggère souvent celui de Taffard de la Ruade, comme si cette branche des Taffard était la seule. Cette assimilation s’explique sans doute par le caractère aristocratique du nom, mais ces Taffard ne forment qu’un mince rameau d’un arbre généalogique bien plus important.
Les tout premiers registres paroissiaux, les épaves d’archives notariales permettent de distinguer nettement deux groupes de Taffard : les notables (ou bourgeois) et les autres. Le premier groupe est celui des lettrés, propriétaires, marchands de toutes conditions, membres parfois de professions libérales ou titulaires de charges seigneuriales ou royales. Le fait le plus caractéristique – on l’a vu pour les Baleste-Marichon3 – est leur conscience d’appartenir à un groupe fermé dans lequel on se marie. Les autres Taffard – ceux qui constituent le second groupe – sont souvent des résiniers, parfois des vignerons ; ils ne sont cependant ni illettrés, ni misérables.
Nos contemporains Taffard sont à La Teste les descendants des résiniers de jadis. Tous les descendants mâles des familles qui seront étudiées ici semblent avoir disparu. C’est le même phénomène que l’on observe chez les autres vieilles familles de notables testerins.

VARIATIONS  SUR  UN  NOM  DE  FAMILLE DES  NOTABLES  QUI  S’ANOBLISSENT

Tous les Taffard qui, du XVIe à la fin du XIXe siècle, ont fait figure de notables, de bourgeois et parfois d’aristocrates, ont une origine unique qui se situe à la fin du XVIe siècle. Or, depuis cette époque, ils n’ont pas nécessairement porté leur seul nom de famille. On trouve en effet successivement, dès 1620 : les Taffard La Croix Blanche, les Taffard de la Ruade, les Taffard de Blaignan, de Saint-Bonnet et de Saint-Germain, conjointement à ceux de leurs parents qui avaient conservé leur seul patronyme et qui n’étaient pas les moindres.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Pays de Buch comme ailleurs, quelques bourgeois éprouvèrent le désir de se distinguer des autres membres de leur groupe ou famille en adjoignant à leur nom celui d’un lieu ou d’une terre dont ils étaient les propriétaires, à l’exemple des grandes familles nobles qui portaient à peu près toujours le seul nom d’une terre : Montaigne, Montesquieu ou Ruat pour citer des exemples près de chez nous. On vit ainsi les Podio de Palu, les Peyjehan de Francon ou les Taffard de la Ruade à La Teste, et les Garnung de Lalande et Garnung du Voisin à Mios. Dans tous les cas, il s’agissait bien d’un nom de lieu. La Ruade était un fief noble situé à Gujan, Le Teich et Mios, que les Taffard avait acheté en 1633 ; Blaignan, Saint-Bonnet, Saint-Germain des paroisses ou des terres en Médoc acquises au début du XVIIIe siècle. Lalande et Voisin sont des quartiers de Mios.
À la Révolution, l’adjonction de surnoms d’apparence aristocratique était devenue, pour le moins, inopportune. Alors il n’y eut plus que des Taffard Laruade, Taffard Saint-Germain, Garnung Lalande. Les Garnung du Voisin abandonnèrent définitivement leur surnom.
Plus tard, la Restauration redonna quelque lustre à l’ancienne noblesse mais pas ses privilèges. Daniel Taffard de Saint-Germain, qui s’était fait un nom lors du retour de la royauté, écrivit en 1825 au mùinistère de la Guerre pour expliquer que dans sa famille on avait pris l’habitude de se distinguer entre frères et cousins en accolant au nom de Taffard celui des terres que la famille avait jadis possédées.
Cependant, il y avait dans ces explications pas mal d’hypocrisie et d’arrière-pensées. Au cours du XVIIIe siècle, les Taffard avaient inlassablement œuvré pour accéder à la noblesse et à ses privilèges et le choix d’un nom à consonance noble marquait une étape dans leur évolution. D’ailleurs tous les Taffard de Saint-Germain allaient épouser exclusivement des filles issues de familles ayant, comme eux-mêmes, des noms à particule !
Pierre Taffard, notaire, seigneur de la Ruade décédé en 1693, avait eu trois fils (voir ci-après). Chacun de ses fils (ou l’un de ses descendants) parvint à obtenir la noblesse au premier degré par l’achat d’une charge anoblissante.
L’aîné des fils porta le nom de Taffard de la Ruade, ce que n’avait fait personne avant lui. Mais aucun de ses enfants ou petits-enfants n’acheta de charge anoblissante. Ils restèrent roturiers quoique pourvus d’un nom à consonance noble ; cependant, lors de la préparation des assemblées primaires de 1789, Pierre Taffard de la Ruade siégea parmi la noblesse4 ! On expliquera comment.
Le second fils, Nicolas Taffard – un éminent personnage de son temps -, eut à son tour plusieurs fils et l’aîné – le second Nicolas Taffard – devint conseiller à la Cour des Aydes de Bordeaux. Il accédait ainsi au statut des privilégiés. Son propre fils Jean-Baptiste fit mieux encore : il devint conseiller au Parlement de Bordeaux, puis maître des requêtes au Conseil d’État du Roi, fonction qui n’était accessible qu’aux personnages déjà nobles ; enfin, il termina ses jours en qualité d’Intendant de Saint-Domingue.
Le troisième fils du notaire Pierre Taffard, Jean-Baptiste, avait acheté le domaine de Blaignan, ce qui l’autorisait à se parer d’un nouveau nom et il acheta la charge de « Gentilhomme de la grande Vénerie du Roi » qui avait elle aussi la vertu d’anoblir son titulaire dans des conditions de prix assez abordables. C’est ainsi que ses descendants Saint-Bonnet et Saint-Germain pouvaient affirmer qu’ils étaient bien gentilshommes eux aussi.
Par ailleurs, la lignée de leurs lointains cousins La Croix Blanche évolua dans le même sens. Le troisième du nom avait acheté en 1699 un office de « Chauffe-cire de la Chancellerie de la Cour des Aydes » ; cet office, comme ceux des conseillers, conférait aussi les privilèges nobles à ses titulaires.
À la Révolution, tous ces Taffard anoblis par charge abandonnèrent toute référence à leurs titres de noblesse, sauf les Saint-Germain.
Le cas des Taffard de la Ruade est inhabituel et pose problème. Pierre Taffard de la Ruade avait épousé en 1774 une demoiselle landaise, Jeanne Marie Julie Pic de Blais de la Mirandole, qui descendait de la célèbre famille italienne des Mirandole. Le nom était superbe mais la fortune l’était moins ; peu importe.
Ce Pierre Taffard eut trois fils et tous les trois furent nommés non Taffard de la Ruade mais « Taffard Pic de Blais de la Mirandole ». La participation de Pierre Taffard aux assemblées de 1789, l’extravagance du nom donné à ses trois fils peuvent avoir une explication unique. Il semblerait en effet5 que le roi (mais lequel ? à moins qu’il ne s’agisse d’un prince italien) aurait accordé aux Mirandole le privilège de transmettre la noblesse par les femmes, ainsi que le nom de Mirandole. Ainsi les fils Taffard auraient été nobles comme leur mère…
Le seul fils parvenu à l’âge adulte, Jules, se garda de porter un pareil nom. Il s’appelait simplement Jules Taffard et, parfois, Jules Taffard Laruade. Mais c’était le temps de la Révolution et de l’Empire.

LES  ORIGINES  DES  TAFFARD,  NOTABLES DE  LA  TESTE
LE  XVIIe  SIÈCLE

Toutes les lignées Taffard de La Teste qui se sont distinguées par leur notoriété, leur rôle social ou leur évolution sont issues de Richard Taffard et de son épouse salloise Marie Cazauvieilh.
Sans doute, un grand nombre d’enfants de la paroisse de La Teste étaient-ils lettrés et c’était le cas d’autres Taffard qui ont occupé quelques modestes emplois, tels que greffiers ou « praticiens », mais on ignore leur degré de parenté éventuel avec Richard Taffard.
Richard Taffard est attesté dès 1588. Il est alors «marchand» comme la plupart des jeunes bourgeois testerins. Sa filiation est inconnue mais, de toute évidence, elle était notoire.
Étienne Cazauvieilh, l’important notaire de Salles, avait marié ses enfants dans des milieux comparables au sien6. C’est ainsi que son fils cadet Pierre, dit Pierron, avait épousé Jeanne Laville, fille du notaire Laville alors très désargenté, et que sa sœur Marie Cazauvieilh épousa Bernard Laville, praticien puis notaire. Ces mariages eurent lieu vers 1590/1595, période où se situe aussi le mariage de Richard Taffard et de Marie Cazauvieilh.
Richard Taffard était surnommé « Bourret » ; c’est ainsi que ce surnom passa à Richard Bourret Cazauvieilh, son neveu, et à un de ses fils.
Il exerça les fonctions de « sergent royal », c’est-à-dire d’huissier, dans lesquelles il ne fit sans doute pas fortune et, probablement aussi, la profession de marchand comme la plupart de ses concitoyens évolués.
Une épave d’archives, datée de 1628, parle de Marie Cazauvieilh « veuve de Taffard sergent royal »7. Le décès de Richard Taffard semble devoir être situé en 1619 ou environ. Marie Cazauvieilh lui survécut de longues années ; elles surmonta ses difficultés financières avec le concours de ses enfants, tous mineurs sauf Pierre, l’aîné.
Tous reçurent une formation qui pouvait leur ouvrir la voie à des carrières de nature juridique :
–    Pierre, dit La Croix Blanche,
–    Étienne, juriste à qui la famille doit « La Ruade »,
–    Charles, futur notaire,
–    Pierre, dit « Bourret », qui demeura marchand,
–    Jacquette qui resta dans le milieu des marchands en épousant Gaston Caupos, décédé en 1651, dont elle eut deux fils.

LES  ENFANTS  DE  RICHARD  TAFFARD
1) – Pierre Taffard  « La Croix Blanche »
Le fils aîné de la famille se consacra très tôt au négoce et plus spécialement au commerce maritime.
Il apparaît en 1622 dans des documents d’archives, plus précisément dans le « Registre de la Chambre de l’Amirauté establye par l’assemblée des églises réformées de France et souveraine de Béarn tenue à la Rochelle »8 : il y est question d’un jugement du 11 janvier 1622, mettant en cause la saisie d’un navire affrété par Arnault de Baleste de La Teste et de son chargement de bois et résines négocié à Nantes par Pierre Taffard dit « La Croix Blanche ».
Pierre Taffard avait épousé en 1631 Anne Cazauvieilh, fille de Pierron ; elle était donc sa cousine germaine. Le couple, qui était encore vivant en 1677 lors du mariage de leur fils Martin, eut deux enfants : Martin et Jeanne.
II Martin Taffard était procureur postulant au siège de La Teste en 16639 et encore en 1677 lors de ses fiançailles célébrées le 15 août avec demoiselle Marie Peyjehan, en présence de tous leurs parents ; le mariage eut lieu trois jours plus tard.
Mais ce mariage n’était pas valable. Il existait un quatrième degré d’affinité et consanguinité. Il fallut régulariser la situation. En janvier 1681 « Martin Taffard ancien praticien et Marie Peyjehan ont reçu la bénédiction nuptiale ».
Martin Taffard décédé avant 1719, son épouse lui survécut.
III Pierre Taffard, leur fils, acheta le 17 mai 1699 un office de « scelleur chauffeur » à la Cour des Aydes de Bordeaux, puis on le retrouve « conseiller référendaire près de cette Cour ».
S’il est vrai que les membres de la Cour des Aydes jouissaient du statut de la noblesse de robe, on peut admettre que Pierre Taffard et sa descendance étaient des nobles.
Nous reviendrons plus longuement sur cette lignée disparue à Illats en 1872.
2) –  Étienne Taffard
L’histoire d’Étienne Taffard serait sans grand intérêt si la famille Taffard ne lui devait le surnom de « La Ruade » qu’elle porta fièrement pendant plus d’un siècle et demi et ce, jusqu’à la Révolution.
Le fils cadet de Richard Taffard avait reçu une initiation aux questions du droit dans le milieu testerin où il était né et, peut-être aussi, dans la famille de sa mère, les Cazauvieilh. Très probablement pas à la faculté de droit de Bordeaux : il n’a été – semble-t-il – ni licencié, ni avocat. Sa carrière fut nécessairement limitée : les postes de la magistrature, à commencer par celle de juge d’une grande juridiction, lui furent interdites.
D’abord « praticien », il entra dans la carrière, âgé d’environ 25 ans, en qualité de « sergent royal », fonction qui fut celle de son oncle Pierron Cazauvieilh, puis celle de son père. Cet office que nous appelons de nos jours « huissier » n’exigeait alors – et encore à notre époque jusqu’à une date très récente – aucun titre universitaire ou professionnel. Il était incompatible avec toutes les autres activités du droit : notaire, juge ou procureur d’office.
En 1625, le Roi avait créé un très grand nombre d’offices attribués aux candidats en mesure de les payer. Étienne Taffard se fit recevoir par la chancellerie du Sénéchal et prêta le serment d’usage en présence d’un procureur et de son frère aîné « La Croix Blanche »10.
Étienne Taffard résida à La Teste plusieurs années. Il épousa, vers 1631, une demoiselle Laville, fille d’Isabeau de Belliard, qui décéda peu après.
La Ruade –
« Le 6 juin 1633 Me Étienne Taffard acheta à MM Pierre et Godefroy Pénel, barons de La Brède les fiefs nobles de La Ruade autrement dit La Brède » ; cet acte devait être complété par un acte de « Foi et Hommage ». Ces deux documents établis par Laurens, notaire royal de la région de La Brède, ont disparu.
Les successeurs des frères Pénel – à savoir les Secondat de Montesquieu – reçurent très régulièrement les hommages des successeurs d’Étienne – à savoir les Taffard de la Ruade. On trouvera en annexe le texte d’un de ces hommages, en date du 13 septembre 1768.
Le lieutenant de la Juridiction de Certes –
On rappellera que cette fonction appartenait traditionnellement à la famille : Étienne Cazauvieilh, puis son fils aîné, furent pourvus de cette charge. Pierre Cazauvieilh fut juge titulaire de Salles et Certes au temps d’Étienne Taffard, mais il était docteur en Droit.
Or, en 1637, Antoine Jaubert de Barraud acheta à Paris la seigneurie de Certes. Ce fut un tournant dans l’évolution de Certes, sinon dans celle d’Étienne Taffard. Le maintien ou le remplacement des officiers de justice était posé.
Étienne Taffard fut nommé lieutenant du juge de Certes. Il abandonna donc ses fonctions de sergent royal et s’installa à La Mothe qui fut, au Moyen Âge, le siège d’une seigneurie et d’une juridiction autonome.
Remarié et notaire –
D’après une épave de registre de catholicité de La Mothe, Marie Lacoue, épouse d’Étienne Taffard, mit au monde en septembre 1637 une fille baptisée Catherine. Quelques amis à peine étaient venus jusque là pour participer à ce baptême, mais aucun Cazauvieilh ou Taffard. Toutefois le seigneur de Ruat était présent.
Étienne Taffard avait donc épousé une demoiselle d’Audenge, fille du notaire de Certes, Pierre Lacoue, qui lui avait cédé son office de notaire ; Etienne Taffard exerça cette fonction quelques années puis revendit l’office à une certain Pardaillan qui pratiqua sa profession à Lanton. C’est Pierre Taffard, le cousin notaire, qui établit l’acte de vente qui fut insinué à Bordeaux le 13 juin 1642.
Un domicile surprenant –
Le village de La Mothe était toujours sur le déclin. Depuis le Moyen Âge, la population fuyait ces lieux insalubres envahis par les débordements de l’Eyre plusieurs mois par an. L’affaissement des terrains allait se poursuivre ; au milieu du XVIIIe siècle, la paroisse avait perdu tous ses habitants ou presque.
Il est donc étonnant que ce lieu inhospitalier put convenir à un jeune magistrat et sa famille. Les châteaux de Certes et de La Mothe restaient en parfait état d’entretien et d’habitabilité ; jusqu’à leur démolition lors de la création des salines, ils abritèrent la garnison, le prétoire et deux ou trois logements. C’est ainsi qu’Étienne Taffard trouva ce refuge et s’y fixa mais pour un temps seulement.
Puis il regagna La Teste tout en conservant ses fonctions de lieutenant de Certes. On remarque d’ailleurs que bien des Testerins pourvus de charges juridiques dans la région habitaient habituellement à La Teste.
Étienne Taffard disparut vers 1656.
3) – Charles Taffard, le premier notaire
Il avait épousé Bertrande Peyjehan, sœur du notaire11, de la même famille que sa belle-sœur. D’abord praticien, il fut pendant quelques années notaire et « receveur des consignations », fonction qui apportait plus de considération que de profits.
En 1620, il eut la charge de la tutelle de son cousin alors mineur – Étienne Cazauvieilh, fils de Pierron Cazauvieilh décédé en 1619, et fit en sorte de lui conserver l’office de notaire selon le vœu de leur grand-père.
Charles Taffard, qui décéda prématurément vers 1628-162912, eut deux fils : Jean et Pierre alias Charles.
Jean, alors marchand, épousait en 1646 Marie Lalande ; ils eurent une fille Marie future épouse Baleste-Marichon13.
Pierre, alias Charles (1623-1693), le second notaire de la lignée, fut marié deux fois ; il eut quatre filles de son premier mariage, quatre garçons du second. Toutes les familles notables Taffard, hormis les « Croix Blanche », descendent de ses fils.
4) – Pierre Taffard, dit Bourret
Habituellement appelé « Bourret » tout court et parfois « Pierrot Taffard dit Bourret », il s’est marié en 1627, encore mineur, à Marie Deycard, issue elle aussi d’une famille de bourgeois (notaires…) ; le contrat de mariage a été insinué à la Sénéchaussée en 1627 (p. 27).
Bourret choisit très tôt la voie du négoce (produits résineux avec la région de Biscarrosse, commerce maritime) ; plus ou moins spéculateur, il vend maison, part de moulin…
Décédé après 1644, on ne lui connaît aucune descendance immédiate ; cependant les Bourret apparaissent vers la fin du siècle de la manière suivante :
– 3 novembre 1683 : mariage de Pierre Taffard et de Jeanne Peyjehan avec pour témoin François Baleste d’Andernos, ce qui suggère une parenté avec les enfants du premier mariage du notaire Pierre Taffard.
– 13 mars 1686 : naissance de Pierre Taffard, fils des précédents.
– 4 septembre 1714 : mariage de Pierre Taffard et de Catherine Mesteyreau, parents aux 3e et 4e degrés.
–  6 novembre 1752 : décès de Pierre Taffard, bourgeois (66 ans), inhumé dans l’église.
– 15 juin 1762 : décès de Catherine Mesteyreau (76 ans), veuve de Pierre Taffard dit Bourret.
Cette Catherine, née le 19 janvier 1686 est la fille de Nicolas Mesteyreau, avocat, et de Marie Taffard, fille du notaire Pierre Taffard ; ainsi s’expliquent les deux degrés de parenté.
Pierre Taffard dit Bourret, disparu en 1752, fut le dernier de sa lignée ; il fut le père de Marie Taffard qui épousa en 1740 Michel Dumora, chirurgien originaire de Biganos ; Marie Taffard est décédée le 15 février 1785, à l’âge de 65 ans, veuve de Michel Dumora.
Cette lignée des Bourret fut sans doute moins lettrée que celle des Taffard de la Ruade ou celle des descendants de Nicolas qui eurent tous des prétentions nobiliaires. Les « Bourret » furent simplement des marchands et bourgeois.
5) – Pierre Taffard (1623-1693), le second  notaire
Ce personnage central de l’histoire des Taffard est officiellement prénommé Pierre mais il était habituellement appelé Charles. On trouve de nombreuses mentions telles que « Taffard de Charles ».
Il est le premier à porter le surnom « de la Ruade » dont il a dû hériter de son oncle Étienne.
On ignore la date de sa naissance mais on connaît celle de son décès à la Teste. « Le 29 septembre 1693 a été enterré dans l’église le corps de Me Pierre de Taffard notaire royal âgé de 70 ans environ après avoir reçu les sacrements ».
Cet âge paraît arrondi par excès. Il serait né vers 1623 et peut-être avant. Il ne put succéder à son père dans son office de notaire ; il était alors beaucoup trop jeune. On trouve un de ses premiers actes vers 1642 ; il fut ainsi nommé avec dispense d’âge.
Un droit de sépulture dans l’église –
En 1669, Pierre Taffard avait alors quatre filles ; il s’avisa que la sépulture familiale serait bientôt insuffisante. Il en sollicita une seconde dans une requête adressée à l’archevêque de Bordeaux.
Le 5 janvier 1699 supplie humblement Pierre Taffard « disant que feu Me Charles son père vivant receveur des consignations de La Teste avait obtenu de feu Mgr de Sourdis le droit de sépulture dans l’église de La Teste pour lui et ses successeurs. Cette sépulture ne peut suffire… » Il désire un nouveau droit de sépulture et aussi un droit de banc et il offre de payer les réparations nécessaires à l’église. Il demandait un emplacement « au devant du grand arceau de la nef coté midi tout près de celui de Me Jean de Caupos, cet emplacement étant inoccupé ».
À cette supplique était jointe une attestation du curé disant qu’il avait reçu 150 livres pour assurer les réparations.
Pour l’éternité il devenait le voisin de Jean de Caupos devenu le plus important personnage de la paroisse, sinon de l’histoire de La Teste. Ainsi se plaçait-il au premier rang des notables.
La carrière d’un notaire –
Notaire pendant une cinquantaine d’années, Pierre Taffard eut aussi d’autres activités. Il fut procureur d’office de La Teste de 1650 à 1656, puis il fut remplacé par Charles de Baleste. En compensation, le Captal le nomma «receveur des consignations».
Il ne subsiste aucune archive des deux notaires Charles et Pierre Taffard. Sans doute étaient-ils moins importants que les notaire Baleste et autres Peyjehan.
Les  mariages  de  Pierre  Taffard –
Ses  enfants
1) – Son premier mariage avec Jeanne Baleste
L’identité de cette première épouse resterait inconnue, à défaut d’un acte du 20 juin 1651 (insinué) de sa mère, Isabeau Laguitière, veuve d’Antoine de Baleste-Baron qui faisait donation à sa fille Jeanne, épouse de Pierre Taffard, notaire et procureur d’office. Sans doute s’agit-il d’une dot ou d’un complément de dot, ce qui situe le premier mariage de Pierre Taffard en 1650.
Ces Baleste-Baron furent exclusivement des marchands importants. La sœur de Jeanne était l’épouse en premier mariage de Jean de Caupos.
De cette première épouse, Pierre Taffard eut quatre filles :
– Catherine qui épousa le 27 novembre 1677 Jean de Baleste d’Andernos. Elle est décédée à La Teste, veuve, le 30 avril 1710. Le couple eut une seule fille, épouse de Gérard de Caupos, et une longue descendance.
– Marie qui épousa le 9 juin 1676 François de Baleste d’Andernos, frère du précédent14. Marie Taffard, veuve, est décédée âgée de 58 ans, le 17 juillet 1710, sans descendance.
– Marie, née vers 1657, qui épousa le 30 avril 1684 Nicolas Mesteyreau, avocat, en présence de Jean de Baleste, son beau-frère. Elle est décédée à La Teste le 6 janvier 1724, à l’âge de 67 ans.
–  Jeanne, née vers 1666, qui épousa le 22 juin 1683 Jean Dupudal de Belin. Les époux, étant tous deux issus des Cazauvieilh, donc parents15. Jeanne Taffard, deux fois veuve, est décédée à Bordeaux (paroisse Ste-Eulalie) le 18 septembre 1741, âgée d’environ 75 ans.
2) – Le remariage avec  Marie Baleste-Marichon
Elle était la fille de Jean-Baptiste Baleste-Marichon et de Jeanne Baleste. Ils durent se marier deux fois.
En 1672 eut lieu le premier mariage, le second fut célébré le 3 mars 1680 (Pierre Taffard est alors notaire). Marie Baleste-Marichon, veuve de Sr Charles Taffard notaire, est décédée le 22 avril 1728, âgée de 70 ans. Partant de là, elle serait née en 1658 : elle aurait eu 14/15 ans lors de son mariage… et son mari, 50 ans.
Pierre Taffard et Marie Baleste-Marichon eurent six enfants :
– Pierre né le 17 juillet 1673 (il porta le surnom de La Ruade ainsi que ses descendants), marié le 21 juillet 1700 à Marguerite Baleste-Tahard, décédé le 10 septembre 1721.
– Marie née le 2 décembre 1680, décédée le 15 septembre 1695, âgée de 15 ans.
– Catherine née le 25 octobre 1687, mariée le 12 février 1709 avec Jean Eymeric aîné, décédée le 30 janvier 1781, âgée de 95 ans16.
– Nicolas, né le 16 août 1689 (parrain Nicolas Mesteyreau), marié le 27 février 1715 à Mios à Jeanne Garnung de Lalande, décédé à Bordeaux le 1er juin 1743. Il fut commissaire de la Marine à Bordeaux et La Teste ; sa descendance, de noblesse de robe, s’est brillamment illustrée17.
– Jean-Baptiste, né le 13 novembre 1692, marié à Bordeaux (Ste-Eulalie) le 15 juin 1715 avec Marguerite Chevalier, décédé à Ste-Eulalie le 7 août 1763. Il avait acheté la seigneurie de Blaignan ; sa descendance porta plusieurs surnoms : Saint-Bonnet, Saint-Germain, et s’illustra lors du retour de la Monarchie en 181518.
– peu de jours après le décès de son mari, le 13 novembre 1693 Marie Baleste-Marichon accoucha d’un enfant posthume prénommé Charles qui ne vécut que quelques semaines (décédé le 5 février 1694).

Pierre LABAT

– ANNEXE  I –
HOMMAGE  DE  PIERRE  TAFFARD,  SEIGNEUR DE  LA  RUADE,  DEMEURANT  A  LA  TESTE

A reconnu et déclaré avoir et tenir en fief noble à foi et hommage suivant la coutume de Bordeaux et Pays bordelais de
Haut et puissant Seigneur Messire Jean-Baptiste de Secondat chevalier baron de La Brède, Soussan, Bessan Sgr de R…… Raymond coseigneur de Bisquetan et autres lieux à ce présent et acceptant savoir est les fiefs au dit Sieur Taffard appartenant appelés de La Ruiade situés dans les paroisses de Gujan, Le Teich et Mios en Buch ensemble les cens rentes et autres droits et devoirs seigneuriaux dûs au dit Sieur Taffard à cause des dits fiefs et tels qu’ils furent vendus sous la réserve de foi et hommage par Mres Pierre et Godefroy Penel chevaliers Barons de La Brède en faveur de Me Etienne Taffard par contrat du 6 juin 1633 devant Laurens notaire royal lesquels sont obtenus au dit Sr Taffard comparant de la succession de feu Sieur Taffard son père seigneur de La Ruade lequel aurait prêté et rendu foi et hommage à Messire Jacques de Secondat chevalier Sgr de La Brède par acte du 20 août 1710 retenu par Latapie notaire et arpenteur royal et depuis le dit Sr Taffard comparant en aurait rendu hommage à feu Haut et Puissant Seigneur Mre Charles de Secondat de Montesquieu chevalier, baron de Montesquieu et de La Brède ancien Président à mortier, père du dit Seigneur de Secondat par acte du 18 novembre 1752 devant Latapie notaire en Guyenne les quels fiefs de La Ruade le dit Sr Taffar en a maintenant pris et reçu nouvelle investiture du Sr de Secondat à cause de la Baronniede La brède au devoir d’une paire de gants blancs à seigneur ou vassal muant d’une part et d’autre que le dit Sr Taffard a présentement offert baillé et délivré au Sgr de Secondat, ayant le dit Sieur Taffard le genou à terre, découvert, sans épée ni éperon, les mains jointes entre celles dudit Sgr…
Le texte prévoit la remise d’un aveu et dénombrement dans les quarante jours, tels qu’ils furent établis par titres féodaux remis lors de la dite vente.
Passés à Bordeaux dans l’Hôtel du dit Seigneur le 13 septembre 1768 [Notaire Guy].
Comme on le voit, le texte respecte au mot à mot ou presque la description des formalités et usages qui se maintenaient depuis le Moyen-Age. On peut alors se demander si la cérémonie chevaleresque décrite ici eut bien lieu ou si, au contraire, le texte est de pure forme.
La Ruade –
La Ruade était jadis un des villages de la paroisse de Gujan, devenu de nos jours un important quartier de la commune, situé au sud du bourg de Gujan.
La Ruade est traversée par une route qui part de la route départementale 650 tout près de la mairie et se dirige vers le sud jusqu’au carrefour avec la voie rapide d’Arcachon (centre commercial). À l’ouest, tout près de cette route, s’écoule un ruisseau, parfois à quelques mètres seulement.
Le village primitif de La Ruade était situé à peu près à mi-distance des extrémités de la route. Les cartes anciennes signalent son emplacement : en particulier Masse (1708). La carte de Belleyme est parfaitement précise et localise bien La Ruade entre route et ruisseau.
L’origine du nom –
La Ruade est aussi un nom de lieu dans plusieurs villages de la Gironde (Ste-Hélène, St-Sulpice et Cameyrac).
On trouve au sujet de l’origine du nom une explication simpliste à partir du substantif « rue », d’où : village édifié le long d’une rue. Cette hypothèse est très peu vraisemblable car le mot «rue» était jadis réservé aux grandes villes. Dans les campagnes il n’y avait ni routes, ni rues, mais seulement des chemins d’ailleurs instables.
Il est préférable de penser à « Ru », comme ruisseau, qui appartenait au vocable usuel. Or précisément la Ruade de Gujan est traversée par un ruisseau.
L’existence de ruisseaux est toujours associée à la délimitation des fiefs et villages et c’est bien le cas en ce qui concerne les fiefs de La Ruade.
Les origines des fiefs nobles de La Ruade –
Pour tenter de situer les origines des fiefs de La Ruade, il faudrait établir la chronologie des Barons de La Brède, du Moyen Âge jusqu’aux Penel et Montesquieu.
Dans ses Variétés Bordeloises, l’abbé Baurein donne quelques indications reprises et complétées par Meaudre de Lapouyade dans L’histoire des Bordeaux et des premiers captaux de Buch.
« Jean de Lalande 5è du nom, chevalier seigneur Baron de la Brède né vers 1409, épousa le 26 janvier 1426 Jeanne de Foix, fille de Gaston de Foix, captal de Buch ». Il s’agit de Gaston 1er.
Cependant, en historien scrupuleux, Meaudre de Lapouyade écrit aussi : « aucune généalogie ne mentionne cette fille de Gaston de Foix ».
Mais alors où trouve-t-on cette date de mariage de 1426 ?
Faute d’explication plus complète, imaginons que La Ruade a été donnée en dot ou apanage à quelque héritier des captaux…
Les fiefs de La Ruade à Mios. Survivance des anciens noms de lieu –
L’hommage vassalique rendu par Pierre Taffard de La Ruade aux familles Montesquieu le 13 septembre 1768 ne permet pas de localiser exactement les trois groupes de fiefs. Cependant une exporle très tardive des 12 et 15 septembre 1781 des habitants de Mios en faveur de Pierre Taffard permet de situer les lieux de Mios soumis à la redevance19.
Une dizaine d’habitants de Mios, soit collectivement, soit à titre personnel, confirmaient les engagements et obligations anciens en faveur de leur seigneur foncier Pierre Taffard de La Ruade, lieutenant des canonniers de la compagnie de Mimizan.
Les terrains visés par les trois exporles étaient tous des « pièces de bois taillis, broustey et lande » (mais aucun bâtiment n’est mentionné), situés au lieu appelé Vire aveille, autrement dit La rivière.
Ils sont voisins du pujau appelé Pujau Dandron borne entre deux, confrontés aussi au levant au ruisseau Dandron et au nord au chemin allant à La Mothe passant pas Le Pas d’Arnère ; une autre pièce confrontant à l’Eyre.
Le texte précise le taux des taxes mais n’indique pas l’importance de cet impôt.
Nous avons appris à la Mairie de Mios que le regretté Jean Baillet, maire de Mios et géomètre, s’était intéressé à ces noms de lieu ; il les avaient localisés et avait assuré leur survivance mais on ignore quelles furent ses sources de documentation car les plans cadastraux anciens ou modernes les ignorent. Sans doute ces noms de lieu se sont maintenus par tradition orale.
Une seule variation : «Vire aveille» est devenu «Birabeille».
En simplifiant et sous réserve de vérification, les fiefs de La Ruade à Mios sont limités par le ruisseau Dandron et l’Eyre et, au nord, ils sont limités par le Pas d’Arnère. L’ex moulin d’Arnère était beaucoup plus loin vers le nord et, de toutes façons, en Terre de Certes.
Les exporles anciennes rappelées sont des : 30 mars 1700, 13 juin 1613 et 20 septembre 1634. Quelques années après la signature de ces exporles, le système féodal était aboli et donc aussi les fiefs de La Ruade.
L’impôt foncier allait se substituer aux redevances seigneuriales.

NOTES
 1) Cf. Bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon (= B.S.H.A.A.) n° 69, 3e trim. 1991, p. 5 à 18.
  2) Mention en 1564 de Pierre Taffart de Canéjean …. (Lespiau, notaire de Belin).
  3) Cf. B.S.H.A.A. n° 70, 4e trim. 1991, p. 16 à 30.
  4) Cf. B.S.H.A.A. n° 58, 4e trim. 1988, p. 3 à 11.
  5) A.D. des Landes, Fonds Dufour.
  6) Cf. B.S.H.A.A. n° 79, 1er trim. 1994, p. 15 à 27.
  7) AD Gironde, 3 E 22606.
  8) A.D. Charente-Maritime, B 180.
  9) AD Gironde, 3 E 22611.
10) AD Gironde, 3 B 341 (registre des réceptions).
11) AD Gironde, 3 E 22 607 : en 1625, il est dit praticien.
12) Le 23 mai 1639, Marie alias Bertrand Peyjehan, veuve de Charles Taffard, est dite tutrice de ses enfants.
13) Cf. B.S.H.A.A. n° 70 (4e trim. 1991), p. 26.
14) Ces frères étaient les fils de ce Pierre Baleste, juge du Captalat, qui avait acheté la Baronnie d’Andernos en 1625. Ils furent maires de La Teste l’un après l’autre. Voir l’histoire des Baleste d’Andernos, dans B.S.H.A.A. n° 39, 1er trim. 1984, p. 1 à 8.
15) Cf. B.S.H.A.A. n° 91 (1er trim. 1991), p. 52.
16) Cf. B.S.H.A.A. n° 110, 4e trim. 2001, p. 84 à 90.
17) Une étude spéciale lui sera consacrée.
18) L’histoire de ce rameau est complexe et étonnante ; nous lui consacrerons une étude spéciale.
19) AD Gironde, 3 E 22 640 (Notaire Peyjehan).

Extrait du Bulletin n° 116 (2e trimestre 203) de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.

Pêche et chasse en Pays de Buch au Moyen Âge

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PÊCHE ET CHASSE EN PAYS DE BUCH AU MOYEN ÂGE

 

L’histoire de la chasse et de la pêche en Pays de Buch se heurte à une double difficulté. La première est liée à la rareté des documents qui nous proviennent de cette région, ce qui rend tout travail historique particulièrement délicat, surtout pour les périodes anciennes[1]. La deuxième difficulté tient à la nature même d’activités telles que la chasse et la pêche : celles-ci ont laissé peu de traces écrites, à l’exception toutefois de procès et mémoires[2], surtout nombreux à partir du XVIe siècle et concernant la possession des droits de pêche et de chasse sur les biens communaux ou sur le territoire des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques. Cependant, la relative stabilité des droits d’usage durant tout l’Ancien Régime[3], ainsi que celle des pratiques en matière de chasse et de pêche, autorisent une étude diachronique de ces activités en Pays de Buch.

En Pays de Buch comme partout ailleurs sous l’Ancien Régime, l’interaction entre structures sociales et activités humaines est évidente : dans le cas de la chasse, cela se traduit par l’existence de « défens » ou réserves seigneuriales correspondant souvent au cœur des grands mas­sifs forestiers (ainsi les « montagnes » du Pays de Buch) et où le maître des lieux s’adonne à la chasse au gibier noble (cervidés, sangliers).

Néanmoins, les seigneurs, qu’ils soient fonciers ou justiciers, n’ont pas le monopole de la chasse, et nombre de leurs sujets, souvent légalement, parfois de manière illicite, tendent les rets dans l’espoir de capturer des oiseaux ou des petits mammifères (lapins).

De manière générale, on peut dire que les conditions naturelles du Pays de Buch favorisent les activités halieutiques et cynégétiques : l’eau (mer, palus inondés, étangs et quelques cours d’eau) et l’arbre consti­tuent une énorme réserve pour poissons, oiseaux, cervidés, lapins et autres animaux, ce depuis les époques les plus anciennes semble-t-il : ainsi, au IVe siècle, Ausone nous apprend qu’il possède « un domaine boïen composé de pins, d’un étang ou un marais, de grives et de canards »[4].

L’interpénétration entre l’eau et la terre en Pays de Buch a des conséquences sur les activités des hommes : ainsi, un pêcheur de brochets ou de carpes pouvait en même temps poser des filets afin de capturer les oiseaux de rivière (butors, hérons,…). Ce lien naturel entre chasse et pêche, ou pour mieux dire, entre chasses et pêches, caractéris­tique du Pays de Buch (ne parlait-on pas, à l’époque, de « chasse au poisson »[5] ?) s’oppose au relatif morcellement des droits concernant ces activités : d’où les conflits, auxquels on a déjà fait allusion, entre propriétaires et usagers.

Chasse et pêche constituaient donc des moyens de subsistance pour les gens de l’époque, et ces ressources devaient compenser dans une certaine mesure la pauvreté d’un sol où ne poussaient que des céréales pauvres[6]. Ce cas de figure, attesté dans de nombreuses autres régions[7], est particulièrement évident en ce qui concerne le Pays de Buch.

Par ailleurs, on sait par de nombreux indices que maint produit bougés était acheminé vers l’immense marché bordelais voisin : les poissons évidemment, dont le saumon, l’alose, le brochet[8]

Chasse et pêche sont donc à la source d’une véritable économie dans laquelle le Pays de Buch joue le rôle de fournisseur, en contrepartie des produits dont il manque cruellement (céréales notamment).

En gardant à l’esprit cette double réalité, à la fois économique et sociale, nous tâcherons d’aborder le problème de la chasse et de la pêche en Pays de Buch aux temps anciens à travers trois points :

– droits de chasse et droits de pêche au Moyen Âge en Pays de Buch,

– les pratiques cynégétiques et halieutiques,

– les finalités de la chasse et de la pêche.

DROITS DE CHASSE ET DROITS DE PÊCHE AU MOYEN ÂGE EN PAYS DE BUCH

Le système féodal, auquel le Pays de Buch n’échappe pas, fait des seigneurs fonciers et/ou justiciers les maîtres de l’ensemble des droits pesant sur l’exploitation du sol. Lorsqu’ils ne perçoivent pas directement ces droits, ils en font la concession, à titre précaire ou à perpétuité.

Nous parlerons tour à tour des défens, des concessions seigneuria­les et des droits perçus par le captal de Buch sur la pêche.

Les défens

En théorie, tout seigneur foncier possède le droit de chasser sur tout ou partie du territoire composant sa seigneurie. Généralement, il se contente d’une partie de ce territoire, appelée en Bordelais « bedat » ou « dehes », c’est-à-dire défens et correspondant aux zones les plus giboyeu­ses (forêts, landes notamment). C’est particulièrement le cas dans un Pays de Buch marqué par l’omniprésence des étendues non cultivées et le nombre important de grandes seigneuries (captalat de Buch, baronnie de Lège, seigneuries d’Audenge, de Lamothe, captalat de Certes,…).

Précisément, ces conditions naturelles et seigneuriales font que seuls les seigneurs justiciers que nous venons de citer se voient attribuer le droit de chasse par la documentation existante. Il faut pourtant croire que nombre de petits seigneurs à peu près inconnus de nous devaient aussi posséder un défens, même réduit en superficie.

Il faut dire aussi qu’un grand seigneur comme le captal de Buch tendait à se réserver les meilleures terres. Ainsi, Pierre Amanieu, qui possède peut-être déjà le titre de captal, se plaint au roi-duc, le 23 mai 1293, que le bayle de Saugnac lui conteste la possession de sa lande située dans cette paroisse et contiguë à celle du roi lui-même et de Bernard de Belhade. Suite à cette plainte, le souverain envoie son sénéchal délimiter les landes en question[9]. Cet exemple nous montre que les terres non cultivables et les plus giboyeuses étaient divisées en grands ensembles et attribuées (dans notre cas, probablement par concession ducale) aux grands seigneurs locaux.

Les concessions seigneuriales

Parmi les concessions seigneuriales, il convient de distinguer concessions individuelles et collectives.

Les concessions individuelles consistent généralement en l’affermage, par le seigneur, de tout ou partie de la perception de ses droits. Généralement, le bénéficiaire en est un agent seigneurial pour qui la perception constitue une forme de rémunération. C’est le cas du bayle du chapitre Saint-André, qui perçoit une part du produit de la chasse et de la pêche ainsi que sur les navires naufragés le long du littoral sur tout le territoire composant la baronnie de Lège[10].

Il existe un autre type de concession individuelle, c’est le bail à fief. Par ce contrat, le seigneur concède à un tenancier un emplacement pour la chasse ou la pêche, comme cette « fenetre (espace déboisé) a prendre oiseaux » baillée par le seigneur de Lesparre en 1499[11]. En échange, le tenancier doit acquitter le paiement de redevances, en particulier la dîme, dont le montant s’échelonnait entre l/10e et 1/15e du produit de la chasse et de la pêche[12].

Quant aux concessions collectives, plus nombreuses en Pays de Buch, elles se font au bénéfice de l’ensemble des habitants d’une paroisse, voire d’une seigneurie, et s’appliquent à un ensemble géogra­phique défini. C’est le cas avec l’acte du 10 octobre 1468 par lequel Jean de Foix, captal de Buch, octroie aux habitants des paroisses de La Teste, Gujan et Cazaux le droit, entre autres, de glaner tout le bois qu’il leur sera nécessaire à la fabrication des palets pour la pêche et la chasse aux oiseaux, ainsi que pour la confection des mâts de pinasse. Le droit de chasse s’applique aux seules zones de fosses et de «braux» près des étangs, à l’exclusion de toute partie de la forêt de La Teste[13].

On voit donc que les seigneurs tendaient à se réserver l’essentiel de leurs droits de chasse, dont la concession était généralement individuelle et restreinte.

Les droits de pêche perçus par le captal

Le captal de Buch, en tant que principal seigneur local, disposait d’un arsenal de droits parmi lesquels un certain nombre portent sur la pêche.

Les captaux, en vertu d’une concession qui leur aurait été faite par le roi-duc à une époque ancienne[14], peuvent prendre tout le poisson péché sur le Bassin qui leur sera nécessaire pour leur table. Bien mieux, ils jouissent de quatre autres droits :

– droits de capte : sur le 2e poisson le plus beau de chaque pêche,

– droit de concage : les 2/20es de tout ce qui est chargé sur les vaisseaux étrangers entrant dans le Bassin,

– droit de balisage : 20 sous par navire étranger entrant dans le Bassin,

– droit d’ancrage : 6 sous par semaine et par pinasse allant à la pêche dans le Bassin.

LES ACTIVITÉS CYNÉGÉTIQUES ET HALIEUTIQUES

Il convient de distinguer trois types d’activités : ce que nous appellerions la « petite chasse-pêche », qui est le propre des gens du commun, la chasse seigneuriale et la pêche dans le Bassin.

La «petite chasse-pêche»

Comme nous l’avons dit déjà, la mentalité populaire de l’époque n’opérait pas une distinction tranchée entre chasse et pêche. Du reste, nos habitants du Pays de Buch employaient des techniques équivalentes dans les deux cas : ainsi, l’usage du filet. Baurein[15] nous rapporte un vieil usage bougés qui consiste à s’armer de vieux filets ayant servi à la pêche dans la petite mer (c’est-à-dire dans le Bassin) et attachés à des lattes de pin. Une fois parvenu sur les crassats, on plante le tout. Cette chasse se pratique surtout l’hiver, car c’est à cette époque que les canards sont les plus nombreux. Toutefois, il est très fréquent que des oies sauvages, des hérons ou des sarcelles viennent se prendre dans ces filets.

De manière générale, les petites gens tendent les rets partout où les usages le leur permettent, ainsi dans les grandes étendues de garenne recouvrant la seigneurie d’Andemos, où les lapins sont nombreux[16]. Dans ce cas précis, l’usage de la fourche est aussi attesté, mais pour l’époque médiévale, l’usage de piques semble beaucoup plus plausible.

Autre technique universellement utilisée, le collet. Très simple, requérant un matériel minimal, cette technique a souvent fait l’objet d’abus. Elle nous renvoie au braconnage, auquel nous avons déjà fait allusion. Néanmoins, le collet vise principalement le petit gibier (lapins, écureuils, oiseaux des forêts) de sorte que le préjudice en est limité.

Car l’usage de l’arc ou de toute autre arme de trait par les petites gens paraît à peu près exclu, pour des raisons économiques et de statut social.

La chasse seigneuriale

Les seigneurs locaux, en revanche, s’adonnaient volontiers à la chasse, beaucoup plus par plaisir que par nécessité. Deux techniques avaient leur faveur : la chasse au faucon et la chasse à courre.

La première se pratiquait avec des faucons ou des éperviers, qui rapportaient quantités de hérons, corbeaux, corneilles, canards, lièvres, lapins… Chacun sait que les faucons étaient très nombreux sur le Bassin, surtout dans les dunes aux environs de Lanton, où Edouard III accorde à Maurice Berkeley, par un acte daté du 27 avril 1340, le droit de prendre des faucons[17]. Objet de concession royale, la chasse au faucon était un passe-temps aristocratique par excellence. On les capturait en disposant des serpents et des lézards bien en évidence, comme dans la baronnie de Lège en 1533[18].

La chasse à courre[19] se pratiquait à cheval. Le cavalier, armé d’un arc ou d’une arbalète, suivait le veneur et sa meute de chiens chargée de débusquer la bête rousse (cerf, daim, chevreuil), car les seigneurs dédaignaient la chasse aux petites bêtes, qu’ils laissaient à leurs sujets[20]. Arrivé sur la bête aux abois, le cavalier tentait de les achever à l’arme blanche (lances, pieux, couteaux) adaptée au combat rapproché. Cette pratique, très dangereuse, était auréolée d’un très grand prestige.

La pêche dans la « petite mer »

Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet abondamment traité[21]. Disons simplement qu’elle constituait une activité essentielle en Pays de Buch et que son produit alimentait en grande partie le marché bordelais. Comme dans le cas de la chasse, on distingue une pêche statique et une pêche mobile.

La pêche statique consiste à enfoncer, à marée basse, des palets (« paous » dans le Pays de Buch) aux pieds desquels on accroche un filet. Elle se pratique jusque vers le 15 octobre.

Quant à la pêche mobile, elle se fait soit à pied, par ramassage de fruits de mer (huîtres, moules) à partir de la mi-octobre, soit en bateau. Dans ce dernier cas, on utilisait surtout la pinasse, dont l’existence est signalée au XVe siècle : il s’agit d’une petite embarcation élancée d’environ 12 m de long, légère et pourvue de rames depuis laquelle on tendait ces fameux « filhatz de Buch » cités déjà en 1505[22]. Cette pêche intérieure s’interrompait de novembre à mars, d’une part, parce que le poisson qui y était pêché (royan, rouget, anguille,…) migrait vers la mer et, d’autre part, parce que les pinasses, frêles embarcations, supportaient difficilement les tempêtes hivernales. Durant la mauvaise saison, on se contentait de ramasser les huîtres, tandis que des bateaux plus solides que les pinasses affrontaient l’océan[23].

FINALITÉS DE LA CHASSE ET DE LA PÊCHE

L’autoconsommation

De grands seigneurs tels que le captal de Buch, par le rang qui était le leur, mais aussi du fait d’un train de vie souvent fastueux, avaient une table copieusement garnie de victuailles parmi lesquelles la viande occupait une place de choix. Certes, bécasses, lapins composaient, entre autres, le menu quotidien de Jean III de Grailly (vers 1330-1377), captai de Buch, mais les plus grandes quantités étaient consommées lors des repas organisés par ces grands personnages[24]. Ces festins avaient fréquemment un but, celui d’entretenir les relations, voire de sceller une alliance avec la personne invitée. Il en va ainsi des cadeaux, tels ces six butors et six hérons chassés sur le Bassin et offerts par John de Havering, sénéchal de Guyenne, au pape Clément V, le 8 septembre 1305[25].

En l’absence de documentation, on ignore les quantités consom­mées dans une demeure telle que celle des captaux de Buch. Toutefois, on sait par celle de grands seigneurs comme Henri de Navarre ou Gaston Phébus qu’elles étaient considérables[26]. Comme nous l’avons vu, le poisson consommé chez le captai provient des droits de prise ; par contre, la seule chasse du maître ne suffisait certainement pas : d’où l’achat probable de quantités importantes de viande. À cela venait s’ajouter le produit des redevances versées par les sujets en vertu de droits d’usage, comme ce droit d’« escureigne » perçu par le chapitre Saint-André sur les habitants de Lège et consistant en le paiement d’oiseaux.

Le poisson aussi était consommé à la table des grands seigneurs, pour des raisons religieuses, mais aussi par goût. Car il faut savoir qu’à l’époque médiévale, les poissons, surtout d’eau douce, étaient consom­més sous forme de pâté (de saumon notamment) ou de potages, auxquels on ajoutait force épices.

En ce qui concerne les gens du commun, on dispose de très peu d’information écrite. Ce qui est sûr, c’est que le poisson était très consommé, bien que les pièces les plus appréciées, notamment d’alose, soient vendues à la clie. Pour ce qui est de la viande, la règlementation de la chasse sur les défens et le caractère sommaire des armes détenues par les gens du commun faisaient qu’ils prenaient surtout de petits animaux, notamment le lapin, lequel pullulait dans les marais près de la côte[27].

La chasse, divertissement nobilaire

Nous ne nous étendrons pas sur ce thème, déjà abordé. Nous rappellerons simplement qu’un seigneur local comme Jean III de Grailly, captal de Buch, imitant peut-être en cela son cousin le comte de Foix Gaston Phébus, s’adonnait volontiers aux activités cynégétiques. Jean III pratiquait surtout la chasse au cerf, mais ne dédaignait pas de lancer l’épervier ou le faucon vers des proies moins nobles, telles que le lièvre[28].

La commercialisation

Bien sûr, tous les animaux péchés et chassés sur le Bassin n’étaient pas consommés sur place, d’une part parce qu’ils devaient largement dépasser les besoins locaux, d’autre part parce que certains d’entre eux, et notamment les poissons, avaient une grande valeur marchande.

De cette valeur, on a un certain nombre d’indices, chiffrés ou non.

Premier indice : le prix moyen enregistré à la clie (marché bordelais du poisson) vers 1550  :

  • lamproie : 20 sous,
  • alose fraîche : 10 sous,
  • alose salée : 6 sous,
  • livre d’esturgeon : 10 sous.

Deuxième indice : le montant des taxes prélevées à Bordeaux sur la vente du poisson d’eau douce, au XVIe siècle :

  • sur chaque esturgeon : 1 sol tournoi,
  • sur chaque saumon : 3 deniers tournois

De manière indirecte, on devine l’importance du trafic du poisson à la clie à travers l’organisation interne de l’abbaye Sainte-Croix de Bordeaux vers 1400 : en effet, l’établissement compte alors pas moins d’un poissonnier et un sous-poissonnier, le premier office étant très rémunérateur à l’époque. Le poisson, apporté quotidiennement, y con­currence la viande pour les raisons que l’on devine. Néanmoins, les exigences du carême et de l’abstinence en nourriture camée imposées à ces ecclésiastiques, n’expliquent pas tout. Car, quand on se penche sur les comptes du chapitre Saint-Seurin au XVe siècle, on se rend compte, outre l’importance de la quantité de poisson consommé, de la qualité de ces derniers, notamment les aloses, dont les chanoines semblent friands puisqu’ils en mangent pas moins de 1 500 par an !

CONCLUSION

En conclusion, nous insisterons simplement sur le fait que chasse et pêche constituaient, au moins aux époques anciennes, la « grosse affaire » du Pays de Buch. Cette importance se traduit dans l’organisation politique et sociale : ainsi, les grands seigneurs locaux jouissent de droits importants qui leur permettent soit de se réserver l’usage de certaines activités (comme la chasse dans les défens) soit de prélever une partie non négligeable de leur produit (droits du captal sur la pêche par exemple). Ces droits, inhérents à la féodalité, les seigneurs du Pays de Buch n’en ont certes pas le monopole : néanmoins, les conditions naturelles d’une région peu fertile rendent primordiales les ressources tirées de la chasse et de la pêche. À cet égard, les nombreux produits bougés acheminés vers Bordeaux suggèrent l’existence d’un trafic important avec la capitale du duché.

Pierre-Alain GRECIANO, Mémoire de Guyenne

Extrait des actes du 2e Colloque tenu à Arcachon les 17 et 18 octobre 1992 : « Le littoral gascon et son arrière-pays (Moyen Âge, économie, Arcachon et le bassin) ».

Colloque organisé par la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, avec le concours de la Ville d’Arcachon et du Crédit Lyonnais.

[1] Clémens (J.) Le Bassin d’Arcachon d’après une chronique bordelaise du début du XIIIe siècle, Bull. Soc. Hist. et. Archéol. Arcachon et Pays de Buch, n° 2, juillet 1972, p.7-9.

[2] Notamment les documents cités par A. Rebsomen (AD. Gironde, 4 J 519 et 4 J 520).

[3] Harle (P.) Les padouens du Bordelais. Étude historique. Bordeaux : 1912, p.7.

[4] Cité dans Aufan (R)., Thierry (F), Histoire des produits résineux landais. Arcachon, Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, 1990, p.10.

[5] B.M. Bordeaux, Fonds Itié, plaidoyer anonyme de 1954.

[6] Mouthon (F.), L’agriculture des pays de Landes à la fin du Moyen Age, Mémoire de Guyenne, n° l, mars 1991, p. 19-29.

[7] Notamment en Picardie : Fossier (R.), La terre et les hommes en Picardie jusqu’à la fin du XlIIe siècle. 2e éd., Amiens, 1987. En Île-de-France : Fourquin (G.), Les campagnes de la région parisienne à la fin du Moyen Âge. Paris, 1964. En Bourbonnais : Germain (R.), Les campagnes bourbonnaises à la fin du Moyen Âge (1370-1530), Clermont-Ferrand, 1988.

[8] Cf. plus bas, 3e partie.

[9] Rôles Gascons, t. III, n° 21124 et 21170. Année 1293.

[10] Lodge, The estâtes of the archbishop and chapter of Saint-André of Bordeaux under english rule. Oxford, 1912, p. 26.

[11] A.D. Gironde, C 3359, p. 21.

[12] Boutruche (R.), La crise d’une société. Seigneurs et paysans en Bordelais pendant la guerre de Cent-ans, Rodez, 1949, p. 63.

[13] Collection des divers titres qui servent de fondement aux usages que les habitants de La Teste, Gujan et Cazeaux, ont le droit d’exercer sur les forêts, landes, braux et bernèdes, renfermant aujourd’hui la commune de Gujan, de La Teste et Cazeaux (éd. M. Seinlary). Bordeaux, Durand imprimeur, s.d., p.18.

[14] Meauldre de Lapouyade (M.), » La Maison de Bordeaux et les premiers captaux de Buch ». Actes de l’Académie Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, 6e série, t. XI, 1937-1938, p. 77.

[15] Baurein (Abbé J.), Variétés bourdeloises ou Essai historique et critique sur la topographie ancienne et moderne du diocèse de Bordeaux. Bordeaux : VI, 1786, p. 218-220.

[16] A.D. Gironde, C 4177, dénombrement en faveur de Pierre Baleste, seigneur d’Andemos et Ignac. 19 décembre 1634.

[17] Bull. Soc. Hist. et Archéol. Arcachon et Pays de Buch, n° 7,1er trim. 1976, p. 25.

[18] A.D. Gironde, 4 J 519 p. 3-4.

[19] La chasse à courre se pratiquait en Pays de Buch jusqu’à une époque récente : Sargos (J.), « Souvenirs du temps des chasses à courre », Bull. Soc. Hist. et Archéol. Arcachon et Pays de Buch, n° 17, 3e trim. 1978, p. 4.

[20] Delort (R.), « Quels animaux les seigneurs chassaient-ils dans les forêts à la fin du Moyen Âge ? », Actes du Colloque « Le Château, la chasse et la forêt », Les Cahiers de Commarque, 1990, p. 163-171.

[21] Notamment Ragot (Jacques), Les pêcheurs du Bassin d’Arcachon au temps des chaloupes. La Teste, 1983, p. 41 sq.

[22] Bernard (J.), « Les anciennes pêcheries de la Garonne en Bordelais et en Bazadais (1440-1540) », Rev. Hist. Bordeaux, t. X nouvelle série, 1961, p.12. Ragot (J.), Les pêcheurs du Bassin d’Arcachon…(op.cit.).

[23] Allègre (D.), De la pêche dans le Bassin et sur les côtes d’Arcachon. Moyens de la pratiquer sans danger et avec profit. Bordeaux, 1836, p. 4 sq. Ragot (J.), Les pêcheurs du Bassin ci Arcachon… (op.cit.).

[24] A.D. Gironde, 4 J 519 p. l.

[25] A.D. Gironde, 4 J 519 p. 2.

[26] Tachouzin (P.), « Henry de Navarre à Nérac. Les marches du trône », Nérac, Amis du Vieux Nérac, 1989, p. 78) cite, entre autres, 12 alouettes, 8 perdrix, 5 bécasses et 8 pâtés de chevreuil consommés à la cour de Nérac pour la seule journée du 7 septembre 1583.

[27] A.D. Gironde, C 4177, dénombrement en faveur de Pierre Baleste, seigneur d’Andemos et Ignac. 19 décembre 1634.

[28] A.D. Gironde, 4J519 p. l.

Aspects de la ve économique et sociale dans la lande au XVIIIe siècle : Lacanau et les paroisses voisines

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ASPECTS DE LA VIE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DANS LA LANDE AU XVIIIe SIÈCLE : LACANAU ET LES PAROISSES VOISINES

L’intention de cet article est de présenter quelques aspects de la vie économique et sociale dans la lande au XVIIIe siècle, à travers l’étude de quelques paroisses : Lacanau surtout, mais aussi Le Porge, Saumos et Le Temple : n’ont-elles pas valeur d’exemple pour l’ensemble des villages landais du Pays de Buch à la même époque ?

LE PAYS ET LES HOMMES

Le paysage de la lande au XVIIIe siècle a été maintes fois décrit : vaste étendue de broussailles, d’ajoncs, d’arbustes, de bruyères. La forêt, des chênes sou­vent, ne subsiste qu’à l’état de lambeaux sur les terrains les plus secs, les mieux drainés, en bordure des ruisseaux. Aussi, les terres de labours et avec elles les lieux habités, villages ou hameaux épars, ont-ils été conquis non sur la lande mais sur la forêt, dont ils occupent la lisière ou les clairières intérieures, comme en témoignent les cartes du temps, les cartes de Belleyme ; chaque village dispose ainsi d’une pièce de bois d’étendue variable. Au Temple, il n’y en a d’autres « que ceux qui bordent les champs » note l’abbé Baurein à la fin du siècle1. Partout le paysage agricole associe lambeaux forestiers, terres à labours, vastes étendues de lande et pignada naissante.

Dans ces vastes landes, tristes et monotones, les hommes sont peu nombreux. Au nord du Bassin d’Arcachon, les densités de population vont même en décrois­sant des paroisses de l’intérieur vers les paroisses océanes.

Tableau 1 : La Lande au XVIIIe siècle, un « désert humain »2 – Paroisse – Population en 1781 – Densité

Saumos – 400 – 6,9

Le Temple – 420 – 5,8

Lacanau – 700 – 3,2

Le Porge – 510 – 2,8

Les hommes ont, dans ce pays plutôt inhospitalier, guère favorisé par la na­ture, une solide réputation de rudesse, voire de grossièreté. Dès 1719, Claude Masse opposait en Médoc la politesse des vignerons et des laboureurs du vignoble à la « sauvagerie » des pâtres de l’intérieur3. « Je suis dans une misérable lande éloignée de toute société, note en 1781 le curé de Salaunes, car je n’ai dans ma paroisse ni juge, ni notaire, ni chirurgien … en un mot, je n’ai que des sauvages »4. Il n’y a guère en effet d’« élite » sociale dans la lande au XVIIIe siècle. À Lacanau, encore en 1794, le maire, tailleur d’habits, et les officiers municipaux, laboureurs « ne sa­vent ni lire , ni écrire »5. Enfin , en janvier 1812, J. Hameau, docteur en médecine à La Teste, écrivit dans son « Mémoire sur les maladies autour du Bassin d’Arcachon «… que l’on considère les Landes, on y verra presque partout une terre maré­cageuse et peu cultivée, des habitants pauvres, mal nourris, exposés à de grandes fatigues, ignorants et privés de tous les avantages Que le commerce et l’industrie peuvent procurer … qu’on ajoute à cela le manque de gens de l’art bien éclairés, qui ne sont placés qu’à de grandes distances, el l’on n’aura encore qu’une idée impar­faite de ce malheureux pays …»6.

L’univers quotidien des habitants de la lande traduit la même rudesse, qu’il s’agisse de l’alimentation, du vêtement ou de la maison. Dans un « État de ce qu’on estime qu’il coûterait de l’établissement de cent familles dans les landes de Bor­deaux »7, daté de 1757, apparaît le trousseau paysan : souliers ferrés et sabots, chemise de grosse toile, capote de laine brune avec capuchon, gilet, culotte, guêtres, tricot blanc à manches. Pour ce qui est du logement, Édouard Ferret a laissé au mi­lieu du siècle dernier une description précise de la maison paysanne : « Leurs mai­sons, écrit-il, sont obscures, humides, sans carrelage, sans plafond ni fenêtre et l’air et la lumière n’y pénètrent qu’incomplètement. Elles sont recouvertes de chaume, une seule chambre suffit souvent à toute la famille8. En 1784-1786, l’abbé Baurein notait que dans la lande, les paysans se servaient d’argile «  à défaut de pier­res pour construire leur chaumière ». Pendant la Révolution, les administrateurs du canton de Castelnau, s’adressant à l’administration départementale, écrivaient, à propos de l’impôt des portes et fenêtres : « Vous remarquerez sans doute sur ces états que le nombre des portes est supérieur à celui des fenêtres. Vous n’en serez pas étonné d’après l’assurance Que je vous donne que dans nos communes de la lande, plusieurs maisons n’ont pas une seule croisée et qu’elles n’ont qu’une porte servant d ‘entrée commune aux habitants et à la lumière »9.

LES ACTIVITÉS

En l’absence de recensement ou de dénombrement, les registres paroissiaux sont d ‘un secours appréciable pour la connaissance des activités et de la composition sociale des paroisses de la lande au XVIIIe siècle, à l’exemple de Lacanau.

Tableau 2 : la physionomie sociale de Lacanau au XVIIIe siècle (1702-1815) – Activités et nombre de mentions sur les registres de mariages :

Travail de la terre, de la forêt, de la pêche – Laboureurs 86 – Brassiers-journaliers 110 – Vignerons 4 – Pasteurs 72 – Gardeurs 47 – Résiniers 142 – Pêcheur 1 – Total : 462 (86,5 %)

Artisanat – Forgeron 1 – Charpentiers 15 – Scieur de long 1 – Charrons 3 – Menuisiers 4 – Meuniers 9 – Tisserands 14 – Tailleurs 12 – Sabotier 1 – Maçon 1 – Total 61 (11,5 %)

Transport – Professions « libérales » – Commerce – Marchand 1 – Marchand·quincailler 1 – Marinier 1 – Officier de marine 1 – Lieutenant des douanes 1 – Notaire 1 – Officier de santé 1 – Chirurgiens 4 – Total 11 (2 %)

Sans mention et activités mal définies 346

Total général 880

La répartition des époux parmi les divers métiers dénote le caractère profon­dément rural de Lacanau10. Rural mais non agricole : la culture de la terre cède le pas au travail forestier et à l’élevage.

L’activité économique locale est en effet en accord avec les conditions du milieu. Les sols, maigres, « terres de peu d’humeur », tirent avantageusement parti de l’association des labours et des terrains de parcours communaux souvent appelés « vacants » ou « padouens ». L’élevage des brebis et des moutons fournit, en effet, les fumures nécessaires à la fertilisation des terres à céréales. Au sujet du Temple, l’abbé Baurein écrit à la fin du siècle « qu’on n’y recueille que des seigles et des millets, on n’y élève beaucoup de brebis et on le fait d’autant plus facilement qu’il existe dans cette paroisse des landes considérables qui servent â leur pliturage »11. Mais la situation des éleveurs est très précaire. Les épizooties ne sont pas rares d’au­tant plus que les pasteurs abreuvent très fréquemment leurs troupeaux avec l’eau croupissante de trous creusés dans le sol à un mètre de profondeur. En mai 1764, « l’épidémie des brebis des landes fait des ravages affreux »12 note le subdélégué de Lesparre. En 1768, puis en 1776 et dans les années suivantes, l’épizootie se ma­nifeste encore de façon virulente … Quant aux labours, ils portent seigle, sarrasin, millet surtout, maïs ou « bled d’Espagne » et plus rarement froment.

Tableau 3 : production agricole de quelques paroisses de la lande (période révo­lutionnaire, année commune)13 – Paroisses – Production en quintaux : 1 : froment . 2 : seigle · 3 : maïs. 4 : panis, blé noir, sarrasin, riz. 5 : pois, haricots, « mongettes ». 6 : patates, châtaignes. 7 : orge, avoine, millet. 8 Total.

Lacanau 83-1850-217-0-0-0-575-2725

Le Porge 152-3357-562-39-35-50-16-4211

Le Temple 22-1170-274-10-13-140-1629

Saumos 18-1489-23-1-0-0-190-2321

Le seigle, avec 72,2 % de la production locale, est la céréale dominante, très loin devant l’orge, l’avoine, le millet (13,9 %) et le maïs (9,9 %). Pois, haricots, lentilles, fèves et patates14 ne fonnent que des compléments alimentaires très secon­daires tandis que le froment est à peine cultivé (2,5 %). À Lacanau (21 %) et à Sau­mos (34 %) le millet, l’orge et l’avoine occupent une grande partie des terres labou­rables.

Les rendements à l’hectare sont faibles et comme les surfaces cultivées sont peu étendues, le pays ne peut qu’imparfaitement nourrir de faibles effectifs de population. Au Porge, en 1793, un état de recensement du bled-seigle récolté dans la commune avec « ce qui s’est consommé, vendu, donné aux indigènes et transporté hors d ‘elle »15 ne fait apparaître que trois « gros » producteurs sur 107 noms disposant de surplus négociables. Pour les autres, la quasi-totalité de la récolte est soit consommée dans le cadre familial, soit conservée au titre de semence. Même parmi ceux qui conservent des surplus, l’autoconsommation est importante : ainsi tel pro­ducteur qui récolte 46 boisseaux en conserve-t-il 9 pour sa consommation familiale et 5 pour la semence. Ici, ta rétention s’élève au tiers de la récolte. Elle est beau­coup plus élevée chez les petits producteurs. Dans ces conditions, tout accroisse­ment de la charge démographique ou toute mauvaise récolte mettent en cause l’équilibre alimentaire local.

D’autant que l’alimentation paysanne est essentiellement à base céréalière. «  Cette population, note É. Ferret au siècle dernier, se nourrit habituellement de pain de seigle, de bouillie (appelée également « cruchade ») faite avec de la farine de millet, de millade, de maïs, de lard rance, de porc, de sardines salées, de harengs saurs. Elle ne mange de la viande et ne boit du vin que par exception ». Pourtant, les rapports des visites des églises au XVIIIe siècle soulignent que, bien que ne récoltant pas de vin, les habitants de la lande l’apprécient néanmoins. Le dimanche, en bien des paroisses du Pays de Buch, l’ivrognerie et le cabaret – aux dires des curés – rivalisent avec l’office et l’église !16.

Laines de moutons et brebis, (tisserands et tailleurs d’habits sont nombreux), miel et cire fournis par les ruches complètent le tableau des productions de la lande.

À cela s’ajoutent parfois des revenus complémentaires que les populations tirent de l’exploitation de la pêche dans les étangs, comme au Porge où les habitants « s’occu­pent à la pêche, à l’exploitation des pins ou au labourage … ils conduisent aussi à Bordeaux des charrettes chargées d’huitres qu’ils vont prendre sur les bords du Bassin d’Arcachon »17. La multiplication des digues de pêcheries du Porge fut à l’origine de nombreuses inondations dans la paroisse de Lacanau. En 1778, le hameau de Talaris fut totalement inondé. En 1788, un rapport des ingénieurs Bré­montier et de Valframbert réalisé à la demande de M. Mourre, curé de Lacanau et du curé du Porge, soulignait « que les dommages s’étendent sur plusieurs paroisses » et il ajoutait : « La plus grande partie des terres labourables, des bois et des maisons des villages de Cartigas, paroisse d’Hourtin, de Pey du Camin, de Sainte-­Hélène, de Capdeville, de Talaris, de Lacanau sont abandonnés et continuellement sous les eaux par effet de ces digues. J’ai vu dans ce dernier village en mars 1778 des malheureux mourants dons leurs maisons sur des lits couverts de plus de trois pouces d’eau et comme depuis cette époque on n il pas manqué d’élever encore des digues, il est à présumer que la hauteur des eaux des étangs a augmenté encore par la grande quantité des pluies continuelles qui sont venues depuis près de qua­tre mois … »18. Les terres à céréales furent en partie recouvertes par les eaux et « changées en lieux marécageux … , incapables de servir à la culture, non plus qu’à l’habitation ».

Pour remédier â la situation précaire de la paroisse. Brémontier se prononça pour la destruction des digues de pêcheries, proposition que se heurta à une opi­nion défavorable des gens du Porge pour lesquels la pêche était une ressource essen­tielle. Dans les années qui suivirent, aucune solution ne fut apportée à ce grave problème de l’inondation. En 1793, l’administration municipale de Lacanau soulignait « que les individus de celte commune sont en général très pauvres, la plupart d’entre eux étaient cultivateurs autrefois, mais après avoir perdu leur bétail par l’effet de fréquentes inondations … privés des engrais nécessaires, ils sont obligés d’abandonner la culture de leurs biens et de se réduire à l’étal de journaliers »19. Le rapport ne manquait pas de souligner d’autre part les difficultés de l’élevage ovin tenant à la transformation quelques années plus tôt, à la fin de l’Ancien Régime, des communaux en pignadas.

Autour des villages, en effet, le pin tend de plus en plus, au cours du siècle, à se substituer à la lande. Le boisement des landes, entrepris à l’initiative privée, encouragé par les intendants de Bordeaux à partir des années 1760, transforma les activités locales. « Il faut, notait l’abbé Baurein dès 1786, un temps considérable pour que les habitants de ces paroisses (celles de la lande) s’accoutument à de pa­reils changements qui intervertissent la culture ancienne el qui les mettent dans le cas de changer de profession. Leur territoire étant couvert en grande partie par les sables, il faut qu’ils tâchent d’y foire croître des pins et que, de cultivateurs, ils deviennent résiniers … leurs terres labourables étant occupées par les étangs, il faut nécessairement qu’ils s’adonnent à la pêche au lieu de la culture de la terre dont ils s’occupaient auparavant »20.

Dans les registres paroissiaux de Lacanau, la profession de résinier est celle de 21,3 % des conjoints entre 1702 et 1749, de 30,4 % d’entre eux de 1750 à 1815, ce qui traduit à la fois la précocité de l’exploitation résinière dans la lande et l’essor incontestable du pignada dans une paroisse où, dès 1786, « les habitants préfèrent à toute autre profession celle de résinier » et où dès cette époque «  il existe des pins non seulement dans la plaine mais encore sur les dunes de sable qui sont placées entre la dune et l’étang »21. De fait, la profession de résinier (142 mentions) est la plus fréquemment rencontrée dans les registres du XVIIIe siècle à Lacanau.

LES CONTRASTES SOCIAUX

Au XVIIIe siècle, les contemporains sont unanimes pour souligner la pau­vreté des hommes de la lande et la faiblesse des contrastes sociaux. La déclaration du maire de Saumos, en octobre 1792, ne laisse aucun doute à ce sujet : « Personne, écrit-il, dans notre communauté ne jouit de plus de 400 livres de revenu net »22. L’analyse des contrats de mariage et des structures financières confirme pleinement leur jugement.

136 contrats de mariage passés devant notaire en 1721-1725, 1740-1744, 1780-1784 – trois « sondages ») dans le siècle – traduisent la relative homogénéité des conditions sociales dans les landes de Lacanau.

Tableau 4 : contrats de mariage et contrastes sociaux à Lacanau au XVIIIe siècle . Valeur des contrats – Nombre – %

0-99 livres – 49 – 36

100 -399 livres – 77 – 56,6

400 livres et plus – 10 – 7,4

Une telle répartition souligne l’importance locale d’un groupe de population « paupérisable » compris entre un nombre élevé de pauvres (un tiers des contrats) et une minorité plus fortunée. Menée par catégorie socio-professionnelle, l’analyse fait apparaître la pauvreté des brassiers dont près des 2/3 des contrats sont infé­rieurs à 100 livres et des résiniers à peine plus riches (la moitié des contrats les concernant sont compris entre 100 et 400 livres) ; la plus grande fortune des la­boureurs pour lesquels 2/5e des contrats excèdent 400 livres. Quant au groupe pastoral, une grande diversité de condition le caractérise des plus riches aux plus pauvres, même si la plupart dispose d’un niveau moyen de fortune (100-400 livres).

La dimension des exploitations paysannes est un autre révélateur de la diver­sité sociale. Dans la lande comme ailleurs, la diffusion de la « propriété » de la terre est extrême. Les non-possédants sont en général peu nombreux : moins d’un dixiè­me ; parfois moins d’un cinquième des habitants sont sans terre. L’exploitation paysanne moyenne est de l’ordre de 4 à 5 hectares, mais les terres produisent peu et la culture céréalière repose sur un système de jachère et d’assolement, grand consommateur d’espace qui réduit d’autant la partie productive. Les laboureurs sont les mieux lotis. Ils possèdent un ou plusieurs attelages, des chevaux, de solides instruments de production, sont à la tête de « grandes ex­ploitations», une dizaine d’hectares le plus souvent. Le menu peuple de la terre, brassiers et journaliers, ne dispose que d’étroits lopins. Sans grand moyen de cultu­re, de nombreux cultivateurs du Porge « n’ayant pas de bœufs à eux, ont besoin de recourir à ceux des autres et paient une sorte de ferme qu’ils appellent agrière »23. Cette agrière est encore versée en nature en 1793. La plupart sont contraints de vendre leur force de travail à Leurs voisins laboureurs dont ils deviennent les ouvriers agricoles, pour assurer la subsistance familiale, surtout les années de mauvaises récolte. Les salaires perçus sont en général peu élevés : en 1790, le travailleur de la terre reçoit au Porge 8 sous par jour lorsqu’il est nourri, 20 sous lorsqu’il doit par lui-même assurer sa nourriture. La dépense alimentaire s’élève ainsi à 3/5e du salaire ! Les femmes sont nettement moins payées : 4 et 12 sous24.

Le revenu des « pasteurs qui vont dans les landes » est estimé à Sainte-Hélène à 100 livres par an25. Leurs apports au mariage consistent en droits sur l’héri­tage familial et en troupeaux de brebis. Quant aux résiniers, Jouanet a bien mis en évidence au siècle dernier leur dénuement extrême. Leur constitution est, dit-il, chétive ; « ils sont petits, maigres, basanés et meurent de bonne heure. C’est une suite nécessaire de leur constante habitation au milieu de forêts humides, sous de mauvaises cabanes où ils vivent privés d’une nourriture substantielle. De tous les hommes des landes, ce sont les plus malheureux »26.

La condition des artisans est plus difficile à préciser, faute de documents nombreux d’une part et en raison, d’autre part, de la mixité fréquente des revenus. En effet, l’exercice d’un métier artisanal n’exclut pas l’activité agricole et vice-versa, d’autant que la culture de la terre ne demande pas tous les moments des cultiva­teurs.

Les artisans du bois sont parmi les mieux rétribués. À Salaunes, les charpen­tiers gagnent journellement une livre en 179027. Plus modestes, les tailleurs d’habits perçoivent 10 sous par jour, nourriture non comprise. Les paiements en nature ne sont pas rares. Ainsi au Porge, André Hélier, tailleur d’habits de son état, déclare-t-il « trois boisseaux de bled-seigle qu’il a à recevoir de l’ouvrage de couture chez les paysans » ; un de ses confrères a reçu deux boisseaux « qu’on lui a donnés en paiement »28. Quant aux tisserands, disséminés dans la lande tout entière, souvent employés de marchands, fabricants qui distribuent le travail et collectent les ouvrages, ils sont rétribués « à la manière », « à l’œuvre » ou « à la tâche »29.

Les possibilités d’ascension sociale dans le cadre local sont peu nombreuses : l’étude de 105 familles de Lacanau, courant sur deux ou trois générations, souligne que le plus souvent les ms embrassent le métier des pères.

Tableau 5 : la mobilité sociale à Lacanau au XVIIIe siècle

Profession fils

Profession pères

A B C D E F G H I J K L
A 3 2 3 9                
B 3 15 2 3 1 1            
C 2 3 8 2                
D 5   1 32                
E   1 2   1              
F                        
G       1     1          
H               1        
I 2                      
J                   1    
K       1                
L                       1

A : brassier-journalier. B : laboureur. C : pasteur. D : résinier. E : charpentier. F : menuisier. G : meunier. H : tisserand. I : sabotier. J : tailleur. K : charron. L : chirurgien.

Deux fois sur trois, on note la permanence de l’activité d’une génération à l’autre. Pour 25 pères laboureurs, 15 fils deviennent laboureurs à leur tour. Les fils de résiniers continuent plus nettement encore que les fils de laboureurs l’activité paternelle (32 fois sur 38). Il est vrai que l’éventail, somme toute étroit, des activités locales limite les « choix » professionnels. Néanmoins, si la stabilité de l’activité est le fait dominant d’une génération à une autre, les changements pro­fessionnels n’en sont pas moins réels. Ils correspondent aux transformations de l’activité économique locale. À cet égard, la mobilité entre brassiers et résiniers, bien que ne portant sur un faible échantillon de familles, est remarquable : les fils de brassiers deviennent plus souvent résiniers que brassiers. L’inverse est moins vrai, preuve que pour beaucoup, l’essor du pignada a constitué la possibilité d’une ascension sociale, même relative. Cela confirme par la même occasion, la justesse de l’analyse de l’abbé Baurein à la veille de la Révolution.

Si la condition sociale du plus grand nombre est dans la lande très modeste, les phénomènes d’indigence n’y sont par contre que peu marqués, sauf en temps de « cherte » des grains et du pain, bien entendu. « II y a, note le curé de Lacanau en 1784, peu de pauvres qui ne puissent et ne gagnent leur vie. Il n y a point de malades, il y a quelques orphelins, mais peu à ce qu’on m’a dit, qui sont chez des pauvres qui en ont soin ». À Saumos, « il n y a qu’un pauvre qui ne peut gagner sa vie, mais il est secouru … Il y a, complète le curé du Porge, quatre orphelins … qui sont en survie chez des particuliers qui ont soin de leur éducation … et trois familles qui gagneraient leur vie mais qui ne peuvent gagner celle de leurs enfants et ils les envoient à l’aumône … »30. Au Temple, en 1791, la population indigente s’élève à huit personnes31.

Tout change en période de mauvaise récolte et de haut prix du pain : les crises de subsistance se soldent par de grandes vagues de paupérisation de la popu­lation et de brusques montées de mortalité32. À Lacanau, on enregistre 22 décès, moyenne annuelle entre 1704 et 1708, mais 41,1 par an de 1709 à 1713. La crise passée, la mortalité retombe à 23,2 décès l’an entre 1714 et 1718 ; 1713 est l’an­née la plus sombre du siècle avec 77 décès. En 1771 -1773, le prix du pain connaît une hausse brutale, suite à de mauvaises récoltes. L’épidémie s’installe. La petite paroisse de Brach compte en mai 1772, 35 familles indigentes (126 personnes), soit la moitié de ses habitants33. Le désarroi des populations de la lande est profond, à la mesure de leur misère. Ducasse, subdélégué de Pauillac, craignant l’émotion populaire , écrit alors à l’Intendant de Bordeaux « qu’il y a des murmures sourds dans la lande, dont le peuple privé de récolte depuis trois ou quatre ans souffre »34. Dès septembre 1771, le curé du Porge avait réclamé à l’Intendant « 430 bois­seaux de bled-seigle, mesure de Castelnau » pour assurer la subsistance de cent mendiants durant l’espace de neuf mois »35. Assurément, le bon curé du Porge exagérait la misère locale : il fallait beaucoup demander pour obtenir quelques secours ! La quête du pain conduisit au pillage. Turpin, marchand à La Teste, en fit les frais : les gens du Porge lui pillèrent une cargaison de blé !

En fin de compte, la lande au XVIIIe siècle apparaît comme une région rurale repliée sur elle-même, archaïque et pauvre. Repliée sur elle-même : les échan­ges migratoires y sont peu nombreux et les circuits économiques inexistants. L’« au­toconsommation » est reine. Archaïque : le travail agricole est routinier, les techni­ques anciennes, les résultats médiocres. Pauvre car la richesse n’apparaît nulle part et la médiocrité économique est le lot de presque tous. La progression du pignada au cours du siècle n’a guère modifié cet état de chose.

J . Paul JOURDAN

Extrait du Bulletin n° 38 (1er trim. 1984) de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch

  1. Abbé Baurein, Variétés bordelaises, Bordeaux 1784·1786. Vol. III, art. XIII, p. 89·92.
  2. Chiffres cités par Hugon (P.), Statistique du canton de Castelnau, Bordeaux 1855
  3. Claude Masse, Mémoire de 1719, Bibliothèque de La Rochelle
  4. ADG – G843
  5. ADG – 4L146
  6. ADG – 5M114
  7. ADG – C3671
  8. Ferret (É), Statistique générale de la Gironde, Bordeaux, 2 vol. 1874-1878
  9. ADG – 11L116
  10. Le tableau social de Lacanau que l’on peut esquisser n’est qu’imparfait en raison du grand nombre de professions non mentionnées dans les actes de mariages (346, soit 39,6 % des mariés à Lacanau entre 1702 et 1815). Le métier des épousées n’est jamais mentionné. De plus, sur les registres figurent les noms et professions d’hommes étrangers à la paroisse mais qui s’y sont mariés (278, soit 15,8 %). D’où la mention de vignerons dans une paroisse sans vignoble ! Mais comme l’aire de recrutement matrimonial de Lacanau se réduit presque exclusivement aux paroisses voisines, aux activités identiques la réalité sociale locale ne s’en trouve guère affectée.
  11. Abbé Baurein, op. cit. vol. III, art. XIll, p. 89-92
  12. ADG – C370
  13. ADG – 4L69
  14. La culture des patates au Porge a eu pour promoteur M. Danahy, curé de la paroisse, dans les années 1780.
  15. ADG – 4L160
  16. ADG – G 651 et G 659
  17. Abbé Baurein. op. cit. vol. III, art. XII, p. 81-89
  18. ADG – C3719
  19. ADG – 4L146
  20. Abbé Baurein, op. cit.
  21. Abbé Baurein, op. cit.
  22. ADG – 4L168
  23. ADG. – 4L160
  24. ADG – 4L160
  25. ADG. – 4L166
  26. Jouanet (J.), Statistique de la Gironde, Bordeaux 1837, tome l, p. 163
  27. ADG – 4L168
  28. ADG – 4L160
  29. ADG – 4L168
  30. ADG – G651, visites des églises, archiprêtré de Buch et Born
  31. ADG. – 4 L 161. À Lacanau en 1796, 9 familles indigentes sur 148 (ADG – 4L146)
  32. En 1702, 1707-1713, 1719, 1724, 1730·1731, 1739, 1742, 1747-1749, 1751-1752, 1754, 1759-1760, 1763, 1772·1773, 1775, 1780, 1788-1793, 1796.
  33. ADG – C371
  34. ADG – C1442
  35. ADG – C283

Villas d’Arcachon : un siècle d’histoires

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Villas d’Arcachon : un siècle d’histoires

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Elles portent le nom de grands hommes, d’artistes, de personnages de la mythologie, d’êtres chers, ou évoquent la nature. Si certaines sont très connues, d’autres le sont beaucoup moins, parfois cachées des regards. Toutes témoignent de la richesse de l’inspiration des architectes et de la qualité des entrepreneurs arcachonnais.
Les splendides photos de Frédéric Ruault permettent de les découvrir sous un jour nouveau révélant l’architecture des premiers « chalets » bâtis sous Napoléon III, l’exubérance de la décoration à la mode pendant la Belle Époque, ou le style plus épuré des Années folles.
La Société historique et archéologique d’Arcachon a confié à Marie-Christine Rouxel et Michel Boyé le soin d’accompagner ces photos de textes denses et concis racontant leur histoire. Grâce à l’aide des propriétaires, qui ont ouvert pour l’occasion leurs archives personnelles, sont évoqués en ces pages les somptueuses réceptions qui s’y sont données, les personnages célèbres qui s’y sont installés, les écrivains et les artistes que les lieux ont inspirés, les films qui y ont été tournés.
C’est ce certain art de vivre, qui fait l’un des charmes d’Arcachon, que ce livre magnifique et passionnant fait découvrir en retraçant la riche histoire de la capitale de cette région bénie des dieux qu’est le Bassin d’Arcachon.

Les auteurs

Né en 1946, licencié en droit, fonctionnaire des Douanes à la retraite, Michel Boyé, qui a assuré la direction du Musée national des Douanes de Bordeaux de 1984 à 1996, ainsi que la vice-présidence de la Fédération historique du Sud-Ouest, est aujourd’hui membre de l’Académie Montesquieu de Bordeaux. Ancien président de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur le passé douanier, sa région d’origine et sa ville natale, Arcachon.

Passionnée par l’histoire des villas d’Arcachon, Marie-Christine Rouxel a constitué une impressionnante base de données avec plus de 6 000 entrées. Elle écrit régulièrement des articles pour le Bulletin de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch. Un autre de ses centres d’intérêt, l’aventure et les voyages, l’a amenée à publier en 2003 un ouvrage consacré à Renault en Afrique (Éditions ETAI).

Frédéric Ruault arrive sur le Bassin d’Arcachon avec sa famille, à l’âge de 3 ans. Suivant les traces de son père, il décide d’entreprendre une formation de photographe par laquelle il sort diplômé de la dernière session d’argentique : une tradition et une modernité nécessaires pour donner sa vision du Paysage au public.
Le Bassin d’Arcachon, avec ses plages, ses lumières et sa diversité, sera la toile de fond des oeuvres du photographe. Dès 2007, la prise de vue prend de plus en plus de place dans son travail. C’est en 2010 qu’il décide de se démarquer et surtout de faire ce qu’il a toujours eu envie de faire : prendre le risque de la liberté artistique et travailler sur de nouveaux clichés personnels. C’est ainsi qu’il expérimente des ambiances colorées beaucoup plus riches en émotions et des clichés où l’homme a sa place. 2012 sera l’année du 2e prix européen de photographie, section paysage avec un cliché d’orage représentant la plage de la Salie Sud.
Frédéric Ruault réaménage en 2013 son magasin en boutique-galerie, laissant ainsi toute la place à la beauté des espaces du Bassin d’Arcachon.

La synagogue d’Arcachon et son mécène Osiris (I)

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 La synagogue d’Arcachon et son mécène Osiris (I)

 Après 125 ans d’existence, la synagogue d’Arcachon fait figure, dans une cité qui s’est beaucoup renouvelée au gré de ses succès, de témoin vénérable. Combien de villas de cette époque héroïque des Pereire ont disparu, comme le casino ou le buffet qui marquaient la première phase de développement de cette station florissante ! Or l’histoire de cet édifice n’a pas encore été écrite et l’histoire même de la communauté juive d’Arcachon demeure mal connue. L’absence d’archives d’une communauté organisée en association culturelle seulement en 1990, la disparition des archives du mécène Osiris, dont seules quelques bribes subsistent à l’Institut Pasteur, son légataire universel, et le peu d’allusions historiques faites à ce petit édifice dans la presse et les études régionales en rendent l’approche encore incomplète. Seules les archives du Consistoire Israélite de Bordeaux, qui géra la synagogue durant 100 ans, de 1891 à 1990, contiennent quelques allusions au devenir de cette communauté. Quant à la construction de la synagogue, relevant de l’initiative privée, elle n’a pas laissé de traces administratives.

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La synagogue d’Arcachon et son mécène Osiris (II)

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La synagogue d’Arcachon et son mécène Osiris (II)

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La construction de la synagogue

Un caprice de mécène en rupture avec sa communauté

Sans doute Osiris aurait-il fait édifier une synagogue, dépendance de ses villas, indépendamment de ses démêlés avec le Consistoire de Bordeaux, mais il est clair qu’il a dû aussi trouver, comme avec la synagogue de la rue Buffault, une manière de revanche.

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L’état de la paroisse de Lanton en 1731

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L’état de la paroisse de Lanton en 1731

Les liasses G 642 à G 653 des Archives de la Gironde sont constituées par les procès-verbaux (et pièces annexes) des visites effectuées par l’archevêque de Bordeaux dans son diocèse. La liasse G 651 est plus particulièrement consacrée aux visites des paroisses de l’archiprêtré de Buch et Born ayant marquées le XVIIIe siècle1. Nous avons retenu pour cette étude la paroisse de Lanton2 en 1731 à travers le procès-verbal de la visite effectuée cette année-là par François-Honoré de Maniban, archevêque de Bordeaux de 1729 à 1743, le curé de Lanton étant alors Antoine Singlar3. Nous avons parfois complété le procès-verbal, lorsque ce fut nécessaire, par certains extraits de la réponse dudit curé au questionnaire qui lui avait été envoyé pour préparer la visite.

Jean VALETTE

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Dictionnaire du patois de La Teste de Pierre Moureau

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Dictionnaire du patois de La Teste

de Pierre Moureau

Le patois était autrefois, dans le midi de la France , le langage ordinaire des riches et des pauvres. À la Teste, néanmoins, vers le milieu du XVIIe siècle, la langue française était déjà parlée par plusieurs et comprise par presque tous. Aujourd’hui, dans les anciennes familles, on ne parle guère que le français. Le patois qu’on entend encore , n’est plus qu’un mélange de français et des divers patois des nombreuses familles étrangères, qui depuis peu sont venues s’établir dans la localité.

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Bibliographie d’histoire économique contemporaine de l’Aquitaine

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Bibliographie d’histoire économique contemporaine de l’Aquitaine

 

INTRODUCTION

Grâce au concours éditorial et financier de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine (Msha) et au soutien de l’umr 5113 Gretha-Université Montesquieu Bordeaux 4, ce volume historiographique présente une bibliographie recensant les travaux universitaires (mémoires de maîtrise, de dea ou de des, de master, et thèses) et les principales publications articles, ouvrages et études monographiques relatifs à l’histoire économique contemporaine de l’Aquitaine. Une première édition avait été réalisée par Hubert Bonin et publiée en 1992 sous le titre de Répertoire bibliographique de l’histoire économique contemporaine de l’Aquitaine, avec la collaboration du Comité d’expansion Aquitaine et de l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3.

Une vingtaine d’années plus tard, il a semblé utile de compléter et de mettre à jour ce Répertoire ; il fallait d’abord combler quelques lacunes et oublis ; il fallait ensuite surtout actualiser ce Répertoire d’histoire économique aquitaine car de nombreuses recherches ont été conduites par les universitaires régionaux ou par leurs étudiants chercheurs ; des colloques se sont tenus, dont les actes ont enrichi l’historiographie.

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Des souvenirs à emporter

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Bandeau bateaux Fêtes Mer

 

Des souvenirs à emporter

 

Le Bassin d’Arcachon, antichambre de l’Océan, comme le décrivait Jules Michelet, a cela d’extraordinaire qu’il s’inscrit dans les souvenirs grâce à des noms sans pareils. Des noms-souvenirs qui sonnent bien, mais qui portent aussi des lueurs qui éclairent la mémoire, quand on quitte nos rivages, à la fin de l’été. Comme Cyrano demandait à Bertrandou, « le fifre, ancien berger », de chanter les villages de leur Gascogne, voici, pour clore ces croquis d’ici, la ronde de quelques noms du Bassin et au passage, un peu de leur histoire, ce qui ne gâte rien. Des noms que l’on emporte autant au creux des valises qu’au plus profond de soi-même et qui valent mieux que les pignes en plâtre, les huîtres en plastique ou les cabanes tchanqueys en boule sous la neige.

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