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Les Taffard de La Teste

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Les Taffard de La Teste

Les noms de Baleste et Taffard sont parmi les plus anciens de la paroisse de La Teste. Sont en effet mentionnés dans le rôle des habitants de 1451 trois Baleste et un P. de Tafart1.
Cent cinquante ans plus tard, on trouve encore de nombreux Taffard à La Teste. Mais il en existe d’autres dans la lande girondine, autour de Cestas et Cadaujac, et au XVIIIe siècle d’autres encore dans la banlieue bordelaise2.
Bien que l’orthographe des noms de famille fût souvent incertaine, le nom est généralement écrit avec un D final plutôt qu’avec un T. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la tendance de l’Administration était d’écrire Taffart plutôt que Taffard ; ainsi, le colonel Taffart de Saint-Germain, né en 1842, conservait la finale T.
On peut noter aussi qu’au début du XVIIe siècle (et déjà au XVIe siècle) une des plus notables familles de La Teste était celle des Baleste-Tahart. Il s’agit manifestement d’une déformation du nom Taffart avec mutation du F en H aspiré, comme ce fut le cas de Ruffat devenu Ruat, mais avec la suppression du H.
Cela confirme l’ancienneté et l’importance des Taffard puisqu’une famille Baleste avait adjoint à son nom celui d’une autre famille.
Aujourd’hui, le nom de Taffard suggère souvent celui de Taffard de la Ruade, comme si cette branche des Taffard était la seule. Cette assimilation s’explique sans doute par le caractère aristocratique du nom, mais ces Taffard ne forment qu’un mince rameau d’un arbre généalogique bien plus important.
Les tout premiers registres paroissiaux, les épaves d’archives notariales permettent de distinguer nettement deux groupes de Taffard : les notables (ou bourgeois) et les autres. Le premier groupe est celui des lettrés, propriétaires, marchands de toutes conditions, membres parfois de professions libérales ou titulaires de charges seigneuriales ou royales. Le fait le plus caractéristique – on l’a vu pour les Baleste-Marichon3 – est leur conscience d’appartenir à un groupe fermé dans lequel on se marie. Les autres Taffard – ceux qui constituent le second groupe – sont souvent des résiniers, parfois des vignerons ; ils ne sont cependant ni illettrés, ni misérables.
Nos contemporains Taffard sont à La Teste les descendants des résiniers de jadis. Tous les descendants mâles des familles qui seront étudiées ici semblent avoir disparu. C’est le même phénomène que l’on observe chez les autres vieilles familles de notables testerins.

VARIATIONS  SUR  UN  NOM  DE  FAMILLE DES  NOTABLES  QUI  S’ANOBLISSENT

Tous les Taffard qui, du XVIe à la fin du XIXe siècle, ont fait figure de notables, de bourgeois et parfois d’aristocrates, ont une origine unique qui se situe à la fin du XVIe siècle. Or, depuis cette époque, ils n’ont pas nécessairement porté leur seul nom de famille. On trouve en effet successivement, dès 1620 : les Taffard La Croix Blanche, les Taffard de la Ruade, les Taffard de Blaignan, de Saint-Bonnet et de Saint-Germain, conjointement à ceux de leurs parents qui avaient conservé leur seul patronyme et qui n’étaient pas les moindres.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Pays de Buch comme ailleurs, quelques bourgeois éprouvèrent le désir de se distinguer des autres membres de leur groupe ou famille en adjoignant à leur nom celui d’un lieu ou d’une terre dont ils étaient les propriétaires, à l’exemple des grandes familles nobles qui portaient à peu près toujours le seul nom d’une terre : Montaigne, Montesquieu ou Ruat pour citer des exemples près de chez nous. On vit ainsi les Podio de Palu, les Peyjehan de Francon ou les Taffard de la Ruade à La Teste, et les Garnung de Lalande et Garnung du Voisin à Mios. Dans tous les cas, il s’agissait bien d’un nom de lieu. La Ruade était un fief noble situé à Gujan, Le Teich et Mios, que les Taffard avait acheté en 1633 ; Blaignan, Saint-Bonnet, Saint-Germain des paroisses ou des terres en Médoc acquises au début du XVIIIe siècle. Lalande et Voisin sont des quartiers de Mios.
À la Révolution, l’adjonction de surnoms d’apparence aristocratique était devenue, pour le moins, inopportune. Alors il n’y eut plus que des Taffard Laruade, Taffard Saint-Germain, Garnung Lalande. Les Garnung du Voisin abandonnèrent définitivement leur surnom.
Plus tard, la Restauration redonna quelque lustre à l’ancienne noblesse mais pas ses privilèges. Daniel Taffard de Saint-Germain, qui s’était fait un nom lors du retour de la royauté, écrivit en 1825 au mùinistère de la Guerre pour expliquer que dans sa famille on avait pris l’habitude de se distinguer entre frères et cousins en accolant au nom de Taffard celui des terres que la famille avait jadis possédées.
Cependant, il y avait dans ces explications pas mal d’hypocrisie et d’arrière-pensées. Au cours du XVIIIe siècle, les Taffard avaient inlassablement œuvré pour accéder à la noblesse et à ses privilèges et le choix d’un nom à consonance noble marquait une étape dans leur évolution. D’ailleurs tous les Taffard de Saint-Germain allaient épouser exclusivement des filles issues de familles ayant, comme eux-mêmes, des noms à particule !
Pierre Taffard, notaire, seigneur de la Ruade décédé en 1693, avait eu trois fils (voir ci-après). Chacun de ses fils (ou l’un de ses descendants) parvint à obtenir la noblesse au premier degré par l’achat d’une charge anoblissante.
L’aîné des fils porta le nom de Taffard de la Ruade, ce que n’avait fait personne avant lui. Mais aucun de ses enfants ou petits-enfants n’acheta de charge anoblissante. Ils restèrent roturiers quoique pourvus d’un nom à consonance noble ; cependant, lors de la préparation des assemblées primaires de 1789, Pierre Taffard de la Ruade siégea parmi la noblesse4 ! On expliquera comment.
Le second fils, Nicolas Taffard – un éminent personnage de son temps -, eut à son tour plusieurs fils et l’aîné – le second Nicolas Taffard – devint conseiller à la Cour des Aydes de Bordeaux. Il accédait ainsi au statut des privilégiés. Son propre fils Jean-Baptiste fit mieux encore : il devint conseiller au Parlement de Bordeaux, puis maître des requêtes au Conseil d’État du Roi, fonction qui n’était accessible qu’aux personnages déjà nobles ; enfin, il termina ses jours en qualité d’Intendant de Saint-Domingue.
Le troisième fils du notaire Pierre Taffard, Jean-Baptiste, avait acheté le domaine de Blaignan, ce qui l’autorisait à se parer d’un nouveau nom et il acheta la charge de « Gentilhomme de la grande Vénerie du Roi » qui avait elle aussi la vertu d’anoblir son titulaire dans des conditions de prix assez abordables. C’est ainsi que ses descendants Saint-Bonnet et Saint-Germain pouvaient affirmer qu’ils étaient bien gentilshommes eux aussi.
Par ailleurs, la lignée de leurs lointains cousins La Croix Blanche évolua dans le même sens. Le troisième du nom avait acheté en 1699 un office de « Chauffe-cire de la Chancellerie de la Cour des Aydes » ; cet office, comme ceux des conseillers, conférait aussi les privilèges nobles à ses titulaires.
À la Révolution, tous ces Taffard anoblis par charge abandonnèrent toute référence à leurs titres de noblesse, sauf les Saint-Germain.
Le cas des Taffard de la Ruade est inhabituel et pose problème. Pierre Taffard de la Ruade avait épousé en 1774 une demoiselle landaise, Jeanne Marie Julie Pic de Blais de la Mirandole, qui descendait de la célèbre famille italienne des Mirandole. Le nom était superbe mais la fortune l’était moins ; peu importe.
Ce Pierre Taffard eut trois fils et tous les trois furent nommés non Taffard de la Ruade mais « Taffard Pic de Blais de la Mirandole ». La participation de Pierre Taffard aux assemblées de 1789, l’extravagance du nom donné à ses trois fils peuvent avoir une explication unique. Il semblerait en effet5 que le roi (mais lequel ? à moins qu’il ne s’agisse d’un prince italien) aurait accordé aux Mirandole le privilège de transmettre la noblesse par les femmes, ainsi que le nom de Mirandole. Ainsi les fils Taffard auraient été nobles comme leur mère…
Le seul fils parvenu à l’âge adulte, Jules, se garda de porter un pareil nom. Il s’appelait simplement Jules Taffard et, parfois, Jules Taffard Laruade. Mais c’était le temps de la Révolution et de l’Empire.

LES  ORIGINES  DES  TAFFARD,  NOTABLES DE  LA  TESTE
LE  XVIIe  SIÈCLE

Toutes les lignées Taffard de La Teste qui se sont distinguées par leur notoriété, leur rôle social ou leur évolution sont issues de Richard Taffard et de son épouse salloise Marie Cazauvieilh.
Sans doute, un grand nombre d’enfants de la paroisse de La Teste étaient-ils lettrés et c’était le cas d’autres Taffard qui ont occupé quelques modestes emplois, tels que greffiers ou « praticiens », mais on ignore leur degré de parenté éventuel avec Richard Taffard.
Richard Taffard est attesté dès 1588. Il est alors «marchand» comme la plupart des jeunes bourgeois testerins. Sa filiation est inconnue mais, de toute évidence, elle était notoire.
Étienne Cazauvieilh, l’important notaire de Salles, avait marié ses enfants dans des milieux comparables au sien6. C’est ainsi que son fils cadet Pierre, dit Pierron, avait épousé Jeanne Laville, fille du notaire Laville alors très désargenté, et que sa sœur Marie Cazauvieilh épousa Bernard Laville, praticien puis notaire. Ces mariages eurent lieu vers 1590/1595, période où se situe aussi le mariage de Richard Taffard et de Marie Cazauvieilh.
Richard Taffard était surnommé « Bourret » ; c’est ainsi que ce surnom passa à Richard Bourret Cazauvieilh, son neveu, et à un de ses fils.
Il exerça les fonctions de « sergent royal », c’est-à-dire d’huissier, dans lesquelles il ne fit sans doute pas fortune et, probablement aussi, la profession de marchand comme la plupart de ses concitoyens évolués.
Une épave d’archives, datée de 1628, parle de Marie Cazauvieilh « veuve de Taffard sergent royal »7. Le décès de Richard Taffard semble devoir être situé en 1619 ou environ. Marie Cazauvieilh lui survécut de longues années ; elles surmonta ses difficultés financières avec le concours de ses enfants, tous mineurs sauf Pierre, l’aîné.
Tous reçurent une formation qui pouvait leur ouvrir la voie à des carrières de nature juridique :
–    Pierre, dit La Croix Blanche,
–    Étienne, juriste à qui la famille doit « La Ruade »,
–    Charles, futur notaire,
–    Pierre, dit « Bourret », qui demeura marchand,
–    Jacquette qui resta dans le milieu des marchands en épousant Gaston Caupos, décédé en 1651, dont elle eut deux fils.

LES  ENFANTS  DE  RICHARD  TAFFARD
1) – Pierre Taffard  « La Croix Blanche »
Le fils aîné de la famille se consacra très tôt au négoce et plus spécialement au commerce maritime.
Il apparaît en 1622 dans des documents d’archives, plus précisément dans le « Registre de la Chambre de l’Amirauté establye par l’assemblée des églises réformées de France et souveraine de Béarn tenue à la Rochelle »8 : il y est question d’un jugement du 11 janvier 1622, mettant en cause la saisie d’un navire affrété par Arnault de Baleste de La Teste et de son chargement de bois et résines négocié à Nantes par Pierre Taffard dit « La Croix Blanche ».
Pierre Taffard avait épousé en 1631 Anne Cazauvieilh, fille de Pierron ; elle était donc sa cousine germaine. Le couple, qui était encore vivant en 1677 lors du mariage de leur fils Martin, eut deux enfants : Martin et Jeanne.
II Martin Taffard était procureur postulant au siège de La Teste en 16639 et encore en 1677 lors de ses fiançailles célébrées le 15 août avec demoiselle Marie Peyjehan, en présence de tous leurs parents ; le mariage eut lieu trois jours plus tard.
Mais ce mariage n’était pas valable. Il existait un quatrième degré d’affinité et consanguinité. Il fallut régulariser la situation. En janvier 1681 « Martin Taffard ancien praticien et Marie Peyjehan ont reçu la bénédiction nuptiale ».
Martin Taffard décédé avant 1719, son épouse lui survécut.
III Pierre Taffard, leur fils, acheta le 17 mai 1699 un office de « scelleur chauffeur » à la Cour des Aydes de Bordeaux, puis on le retrouve « conseiller référendaire près de cette Cour ».
S’il est vrai que les membres de la Cour des Aydes jouissaient du statut de la noblesse de robe, on peut admettre que Pierre Taffard et sa descendance étaient des nobles.
Nous reviendrons plus longuement sur cette lignée disparue à Illats en 1872.
2) –  Étienne Taffard
L’histoire d’Étienne Taffard serait sans grand intérêt si la famille Taffard ne lui devait le surnom de « La Ruade » qu’elle porta fièrement pendant plus d’un siècle et demi et ce, jusqu’à la Révolution.
Le fils cadet de Richard Taffard avait reçu une initiation aux questions du droit dans le milieu testerin où il était né et, peut-être aussi, dans la famille de sa mère, les Cazauvieilh. Très probablement pas à la faculté de droit de Bordeaux : il n’a été – semble-t-il – ni licencié, ni avocat. Sa carrière fut nécessairement limitée : les postes de la magistrature, à commencer par celle de juge d’une grande juridiction, lui furent interdites.
D’abord « praticien », il entra dans la carrière, âgé d’environ 25 ans, en qualité de « sergent royal », fonction qui fut celle de son oncle Pierron Cazauvieilh, puis celle de son père. Cet office que nous appelons de nos jours « huissier » n’exigeait alors – et encore à notre époque jusqu’à une date très récente – aucun titre universitaire ou professionnel. Il était incompatible avec toutes les autres activités du droit : notaire, juge ou procureur d’office.
En 1625, le Roi avait créé un très grand nombre d’offices attribués aux candidats en mesure de les payer. Étienne Taffard se fit recevoir par la chancellerie du Sénéchal et prêta le serment d’usage en présence d’un procureur et de son frère aîné « La Croix Blanche »10.
Étienne Taffard résida à La Teste plusieurs années. Il épousa, vers 1631, une demoiselle Laville, fille d’Isabeau de Belliard, qui décéda peu après.
La Ruade –
« Le 6 juin 1633 Me Étienne Taffard acheta à MM Pierre et Godefroy Pénel, barons de La Brède les fiefs nobles de La Ruade autrement dit La Brède » ; cet acte devait être complété par un acte de « Foi et Hommage ». Ces deux documents établis par Laurens, notaire royal de la région de La Brède, ont disparu.
Les successeurs des frères Pénel – à savoir les Secondat de Montesquieu – reçurent très régulièrement les hommages des successeurs d’Étienne – à savoir les Taffard de la Ruade. On trouvera en annexe le texte d’un de ces hommages, en date du 13 septembre 1768.
Le lieutenant de la Juridiction de Certes –
On rappellera que cette fonction appartenait traditionnellement à la famille : Étienne Cazauvieilh, puis son fils aîné, furent pourvus de cette charge. Pierre Cazauvieilh fut juge titulaire de Salles et Certes au temps d’Étienne Taffard, mais il était docteur en Droit.
Or, en 1637, Antoine Jaubert de Barraud acheta à Paris la seigneurie de Certes. Ce fut un tournant dans l’évolution de Certes, sinon dans celle d’Étienne Taffard. Le maintien ou le remplacement des officiers de justice était posé.
Étienne Taffard fut nommé lieutenant du juge de Certes. Il abandonna donc ses fonctions de sergent royal et s’installa à La Mothe qui fut, au Moyen Âge, le siège d’une seigneurie et d’une juridiction autonome.
Remarié et notaire –
D’après une épave de registre de catholicité de La Mothe, Marie Lacoue, épouse d’Étienne Taffard, mit au monde en septembre 1637 une fille baptisée Catherine. Quelques amis à peine étaient venus jusque là pour participer à ce baptême, mais aucun Cazauvieilh ou Taffard. Toutefois le seigneur de Ruat était présent.
Étienne Taffard avait donc épousé une demoiselle d’Audenge, fille du notaire de Certes, Pierre Lacoue, qui lui avait cédé son office de notaire ; Etienne Taffard exerça cette fonction quelques années puis revendit l’office à une certain Pardaillan qui pratiqua sa profession à Lanton. C’est Pierre Taffard, le cousin notaire, qui établit l’acte de vente qui fut insinué à Bordeaux le 13 juin 1642.
Un domicile surprenant –
Le village de La Mothe était toujours sur le déclin. Depuis le Moyen Âge, la population fuyait ces lieux insalubres envahis par les débordements de l’Eyre plusieurs mois par an. L’affaissement des terrains allait se poursuivre ; au milieu du XVIIIe siècle, la paroisse avait perdu tous ses habitants ou presque.
Il est donc étonnant que ce lieu inhospitalier put convenir à un jeune magistrat et sa famille. Les châteaux de Certes et de La Mothe restaient en parfait état d’entretien et d’habitabilité ; jusqu’à leur démolition lors de la création des salines, ils abritèrent la garnison, le prétoire et deux ou trois logements. C’est ainsi qu’Étienne Taffard trouva ce refuge et s’y fixa mais pour un temps seulement.
Puis il regagna La Teste tout en conservant ses fonctions de lieutenant de Certes. On remarque d’ailleurs que bien des Testerins pourvus de charges juridiques dans la région habitaient habituellement à La Teste.
Étienne Taffard disparut vers 1656.
3) – Charles Taffard, le premier notaire
Il avait épousé Bertrande Peyjehan, sœur du notaire11, de la même famille que sa belle-sœur. D’abord praticien, il fut pendant quelques années notaire et « receveur des consignations », fonction qui apportait plus de considération que de profits.
En 1620, il eut la charge de la tutelle de son cousin alors mineur – Étienne Cazauvieilh, fils de Pierron Cazauvieilh décédé en 1619, et fit en sorte de lui conserver l’office de notaire selon le vœu de leur grand-père.
Charles Taffard, qui décéda prématurément vers 1628-162912, eut deux fils : Jean et Pierre alias Charles.
Jean, alors marchand, épousait en 1646 Marie Lalande ; ils eurent une fille Marie future épouse Baleste-Marichon13.
Pierre, alias Charles (1623-1693), le second notaire de la lignée, fut marié deux fois ; il eut quatre filles de son premier mariage, quatre garçons du second. Toutes les familles notables Taffard, hormis les « Croix Blanche », descendent de ses fils.
4) – Pierre Taffard, dit Bourret
Habituellement appelé « Bourret » tout court et parfois « Pierrot Taffard dit Bourret », il s’est marié en 1627, encore mineur, à Marie Deycard, issue elle aussi d’une famille de bourgeois (notaires…) ; le contrat de mariage a été insinué à la Sénéchaussée en 1627 (p. 27).
Bourret choisit très tôt la voie du négoce (produits résineux avec la région de Biscarrosse, commerce maritime) ; plus ou moins spéculateur, il vend maison, part de moulin…
Décédé après 1644, on ne lui connaît aucune descendance immédiate ; cependant les Bourret apparaissent vers la fin du siècle de la manière suivante :
– 3 novembre 1683 : mariage de Pierre Taffard et de Jeanne Peyjehan avec pour témoin François Baleste d’Andernos, ce qui suggère une parenté avec les enfants du premier mariage du notaire Pierre Taffard.
– 13 mars 1686 : naissance de Pierre Taffard, fils des précédents.
– 4 septembre 1714 : mariage de Pierre Taffard et de Catherine Mesteyreau, parents aux 3e et 4e degrés.
–  6 novembre 1752 : décès de Pierre Taffard, bourgeois (66 ans), inhumé dans l’église.
– 15 juin 1762 : décès de Catherine Mesteyreau (76 ans), veuve de Pierre Taffard dit Bourret.
Cette Catherine, née le 19 janvier 1686 est la fille de Nicolas Mesteyreau, avocat, et de Marie Taffard, fille du notaire Pierre Taffard ; ainsi s’expliquent les deux degrés de parenté.
Pierre Taffard dit Bourret, disparu en 1752, fut le dernier de sa lignée ; il fut le père de Marie Taffard qui épousa en 1740 Michel Dumora, chirurgien originaire de Biganos ; Marie Taffard est décédée le 15 février 1785, à l’âge de 65 ans, veuve de Michel Dumora.
Cette lignée des Bourret fut sans doute moins lettrée que celle des Taffard de la Ruade ou celle des descendants de Nicolas qui eurent tous des prétentions nobiliaires. Les « Bourret » furent simplement des marchands et bourgeois.
5) – Pierre Taffard (1623-1693), le second  notaire
Ce personnage central de l’histoire des Taffard est officiellement prénommé Pierre mais il était habituellement appelé Charles. On trouve de nombreuses mentions telles que « Taffard de Charles ».
Il est le premier à porter le surnom « de la Ruade » dont il a dû hériter de son oncle Étienne.
On ignore la date de sa naissance mais on connaît celle de son décès à la Teste. « Le 29 septembre 1693 a été enterré dans l’église le corps de Me Pierre de Taffard notaire royal âgé de 70 ans environ après avoir reçu les sacrements ».
Cet âge paraît arrondi par excès. Il serait né vers 1623 et peut-être avant. Il ne put succéder à son père dans son office de notaire ; il était alors beaucoup trop jeune. On trouve un de ses premiers actes vers 1642 ; il fut ainsi nommé avec dispense d’âge.
Un droit de sépulture dans l’église –
En 1669, Pierre Taffard avait alors quatre filles ; il s’avisa que la sépulture familiale serait bientôt insuffisante. Il en sollicita une seconde dans une requête adressée à l’archevêque de Bordeaux.
Le 5 janvier 1699 supplie humblement Pierre Taffard « disant que feu Me Charles son père vivant receveur des consignations de La Teste avait obtenu de feu Mgr de Sourdis le droit de sépulture dans l’église de La Teste pour lui et ses successeurs. Cette sépulture ne peut suffire… » Il désire un nouveau droit de sépulture et aussi un droit de banc et il offre de payer les réparations nécessaires à l’église. Il demandait un emplacement « au devant du grand arceau de la nef coté midi tout près de celui de Me Jean de Caupos, cet emplacement étant inoccupé ».
À cette supplique était jointe une attestation du curé disant qu’il avait reçu 150 livres pour assurer les réparations.
Pour l’éternité il devenait le voisin de Jean de Caupos devenu le plus important personnage de la paroisse, sinon de l’histoire de La Teste. Ainsi se plaçait-il au premier rang des notables.
La carrière d’un notaire –
Notaire pendant une cinquantaine d’années, Pierre Taffard eut aussi d’autres activités. Il fut procureur d’office de La Teste de 1650 à 1656, puis il fut remplacé par Charles de Baleste. En compensation, le Captal le nomma «receveur des consignations».
Il ne subsiste aucune archive des deux notaires Charles et Pierre Taffard. Sans doute étaient-ils moins importants que les notaire Baleste et autres Peyjehan.
Les  mariages  de  Pierre  Taffard –
Ses  enfants
1) – Son premier mariage avec Jeanne Baleste
L’identité de cette première épouse resterait inconnue, à défaut d’un acte du 20 juin 1651 (insinué) de sa mère, Isabeau Laguitière, veuve d’Antoine de Baleste-Baron qui faisait donation à sa fille Jeanne, épouse de Pierre Taffard, notaire et procureur d’office. Sans doute s’agit-il d’une dot ou d’un complément de dot, ce qui situe le premier mariage de Pierre Taffard en 1650.
Ces Baleste-Baron furent exclusivement des marchands importants. La sœur de Jeanne était l’épouse en premier mariage de Jean de Caupos.
De cette première épouse, Pierre Taffard eut quatre filles :
– Catherine qui épousa le 27 novembre 1677 Jean de Baleste d’Andernos. Elle est décédée à La Teste, veuve, le 30 avril 1710. Le couple eut une seule fille, épouse de Gérard de Caupos, et une longue descendance.
– Marie qui épousa le 9 juin 1676 François de Baleste d’Andernos, frère du précédent14. Marie Taffard, veuve, est décédée âgée de 58 ans, le 17 juillet 1710, sans descendance.
– Marie, née vers 1657, qui épousa le 30 avril 1684 Nicolas Mesteyreau, avocat, en présence de Jean de Baleste, son beau-frère. Elle est décédée à La Teste le 6 janvier 1724, à l’âge de 67 ans.
–  Jeanne, née vers 1666, qui épousa le 22 juin 1683 Jean Dupudal de Belin. Les époux, étant tous deux issus des Cazauvieilh, donc parents15. Jeanne Taffard, deux fois veuve, est décédée à Bordeaux (paroisse Ste-Eulalie) le 18 septembre 1741, âgée d’environ 75 ans.
2) – Le remariage avec  Marie Baleste-Marichon
Elle était la fille de Jean-Baptiste Baleste-Marichon et de Jeanne Baleste. Ils durent se marier deux fois.
En 1672 eut lieu le premier mariage, le second fut célébré le 3 mars 1680 (Pierre Taffard est alors notaire). Marie Baleste-Marichon, veuve de Sr Charles Taffard notaire, est décédée le 22 avril 1728, âgée de 70 ans. Partant de là, elle serait née en 1658 : elle aurait eu 14/15 ans lors de son mariage… et son mari, 50 ans.
Pierre Taffard et Marie Baleste-Marichon eurent six enfants :
– Pierre né le 17 juillet 1673 (il porta le surnom de La Ruade ainsi que ses descendants), marié le 21 juillet 1700 à Marguerite Baleste-Tahard, décédé le 10 septembre 1721.
– Marie née le 2 décembre 1680, décédée le 15 septembre 1695, âgée de 15 ans.
– Catherine née le 25 octobre 1687, mariée le 12 février 1709 avec Jean Eymeric aîné, décédée le 30 janvier 1781, âgée de 95 ans16.
– Nicolas, né le 16 août 1689 (parrain Nicolas Mesteyreau), marié le 27 février 1715 à Mios à Jeanne Garnung de Lalande, décédé à Bordeaux le 1er juin 1743. Il fut commissaire de la Marine à Bordeaux et La Teste ; sa descendance, de noblesse de robe, s’est brillamment illustrée17.
– Jean-Baptiste, né le 13 novembre 1692, marié à Bordeaux (Ste-Eulalie) le 15 juin 1715 avec Marguerite Chevalier, décédé à Ste-Eulalie le 7 août 1763. Il avait acheté la seigneurie de Blaignan ; sa descendance porta plusieurs surnoms : Saint-Bonnet, Saint-Germain, et s’illustra lors du retour de la Monarchie en 181518.
– peu de jours après le décès de son mari, le 13 novembre 1693 Marie Baleste-Marichon accoucha d’un enfant posthume prénommé Charles qui ne vécut que quelques semaines (décédé le 5 février 1694).

Pierre LABAT

– ANNEXE  I –
HOMMAGE  DE  PIERRE  TAFFARD,  SEIGNEUR DE  LA  RUADE,  DEMEURANT  A  LA  TESTE

A reconnu et déclaré avoir et tenir en fief noble à foi et hommage suivant la coutume de Bordeaux et Pays bordelais de
Haut et puissant Seigneur Messire Jean-Baptiste de Secondat chevalier baron de La Brède, Soussan, Bessan Sgr de R…… Raymond coseigneur de Bisquetan et autres lieux à ce présent et acceptant savoir est les fiefs au dit Sieur Taffard appartenant appelés de La Ruiade situés dans les paroisses de Gujan, Le Teich et Mios en Buch ensemble les cens rentes et autres droits et devoirs seigneuriaux dûs au dit Sieur Taffard à cause des dits fiefs et tels qu’ils furent vendus sous la réserve de foi et hommage par Mres Pierre et Godefroy Penel chevaliers Barons de La Brède en faveur de Me Etienne Taffard par contrat du 6 juin 1633 devant Laurens notaire royal lesquels sont obtenus au dit Sr Taffard comparant de la succession de feu Sieur Taffard son père seigneur de La Ruade lequel aurait prêté et rendu foi et hommage à Messire Jacques de Secondat chevalier Sgr de La Brède par acte du 20 août 1710 retenu par Latapie notaire et arpenteur royal et depuis le dit Sr Taffard comparant en aurait rendu hommage à feu Haut et Puissant Seigneur Mre Charles de Secondat de Montesquieu chevalier, baron de Montesquieu et de La Brède ancien Président à mortier, père du dit Seigneur de Secondat par acte du 18 novembre 1752 devant Latapie notaire en Guyenne les quels fiefs de La Ruade le dit Sr Taffar en a maintenant pris et reçu nouvelle investiture du Sr de Secondat à cause de la Baronniede La brède au devoir d’une paire de gants blancs à seigneur ou vassal muant d’une part et d’autre que le dit Sr Taffard a présentement offert baillé et délivré au Sgr de Secondat, ayant le dit Sieur Taffard le genou à terre, découvert, sans épée ni éperon, les mains jointes entre celles dudit Sgr…
Le texte prévoit la remise d’un aveu et dénombrement dans les quarante jours, tels qu’ils furent établis par titres féodaux remis lors de la dite vente.
Passés à Bordeaux dans l’Hôtel du dit Seigneur le 13 septembre 1768 [Notaire Guy].
Comme on le voit, le texte respecte au mot à mot ou presque la description des formalités et usages qui se maintenaient depuis le Moyen-Age. On peut alors se demander si la cérémonie chevaleresque décrite ici eut bien lieu ou si, au contraire, le texte est de pure forme.
La Ruade –
La Ruade était jadis un des villages de la paroisse de Gujan, devenu de nos jours un important quartier de la commune, situé au sud du bourg de Gujan.
La Ruade est traversée par une route qui part de la route départementale 650 tout près de la mairie et se dirige vers le sud jusqu’au carrefour avec la voie rapide d’Arcachon (centre commercial). À l’ouest, tout près de cette route, s’écoule un ruisseau, parfois à quelques mètres seulement.
Le village primitif de La Ruade était situé à peu près à mi-distance des extrémités de la route. Les cartes anciennes signalent son emplacement : en particulier Masse (1708). La carte de Belleyme est parfaitement précise et localise bien La Ruade entre route et ruisseau.
L’origine du nom –
La Ruade est aussi un nom de lieu dans plusieurs villages de la Gironde (Ste-Hélène, St-Sulpice et Cameyrac).
On trouve au sujet de l’origine du nom une explication simpliste à partir du substantif « rue », d’où : village édifié le long d’une rue. Cette hypothèse est très peu vraisemblable car le mot «rue» était jadis réservé aux grandes villes. Dans les campagnes il n’y avait ni routes, ni rues, mais seulement des chemins d’ailleurs instables.
Il est préférable de penser à « Ru », comme ruisseau, qui appartenait au vocable usuel. Or précisément la Ruade de Gujan est traversée par un ruisseau.
L’existence de ruisseaux est toujours associée à la délimitation des fiefs et villages et c’est bien le cas en ce qui concerne les fiefs de La Ruade.
Les origines des fiefs nobles de La Ruade –
Pour tenter de situer les origines des fiefs de La Ruade, il faudrait établir la chronologie des Barons de La Brède, du Moyen Âge jusqu’aux Penel et Montesquieu.
Dans ses Variétés Bordeloises, l’abbé Baurein donne quelques indications reprises et complétées par Meaudre de Lapouyade dans L’histoire des Bordeaux et des premiers captaux de Buch.
« Jean de Lalande 5è du nom, chevalier seigneur Baron de la Brède né vers 1409, épousa le 26 janvier 1426 Jeanne de Foix, fille de Gaston de Foix, captal de Buch ». Il s’agit de Gaston 1er.
Cependant, en historien scrupuleux, Meaudre de Lapouyade écrit aussi : « aucune généalogie ne mentionne cette fille de Gaston de Foix ».
Mais alors où trouve-t-on cette date de mariage de 1426 ?
Faute d’explication plus complète, imaginons que La Ruade a été donnée en dot ou apanage à quelque héritier des captaux…
Les fiefs de La Ruade à Mios. Survivance des anciens noms de lieu –
L’hommage vassalique rendu par Pierre Taffard de La Ruade aux familles Montesquieu le 13 septembre 1768 ne permet pas de localiser exactement les trois groupes de fiefs. Cependant une exporle très tardive des 12 et 15 septembre 1781 des habitants de Mios en faveur de Pierre Taffard permet de situer les lieux de Mios soumis à la redevance19.
Une dizaine d’habitants de Mios, soit collectivement, soit à titre personnel, confirmaient les engagements et obligations anciens en faveur de leur seigneur foncier Pierre Taffard de La Ruade, lieutenant des canonniers de la compagnie de Mimizan.
Les terrains visés par les trois exporles étaient tous des « pièces de bois taillis, broustey et lande » (mais aucun bâtiment n’est mentionné), situés au lieu appelé Vire aveille, autrement dit La rivière.
Ils sont voisins du pujau appelé Pujau Dandron borne entre deux, confrontés aussi au levant au ruisseau Dandron et au nord au chemin allant à La Mothe passant pas Le Pas d’Arnère ; une autre pièce confrontant à l’Eyre.
Le texte précise le taux des taxes mais n’indique pas l’importance de cet impôt.
Nous avons appris à la Mairie de Mios que le regretté Jean Baillet, maire de Mios et géomètre, s’était intéressé à ces noms de lieu ; il les avaient localisés et avait assuré leur survivance mais on ignore quelles furent ses sources de documentation car les plans cadastraux anciens ou modernes les ignorent. Sans doute ces noms de lieu se sont maintenus par tradition orale.
Une seule variation : «Vire aveille» est devenu «Birabeille».
En simplifiant et sous réserve de vérification, les fiefs de La Ruade à Mios sont limités par le ruisseau Dandron et l’Eyre et, au nord, ils sont limités par le Pas d’Arnère. L’ex moulin d’Arnère était beaucoup plus loin vers le nord et, de toutes façons, en Terre de Certes.
Les exporles anciennes rappelées sont des : 30 mars 1700, 13 juin 1613 et 20 septembre 1634. Quelques années après la signature de ces exporles, le système féodal était aboli et donc aussi les fiefs de La Ruade.
L’impôt foncier allait se substituer aux redevances seigneuriales.

NOTES
 1) Cf. Bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon (= B.S.H.A.A.) n° 69, 3e trim. 1991, p. 5 à 18.
  2) Mention en 1564 de Pierre Taffart de Canéjean …. (Lespiau, notaire de Belin).
  3) Cf. B.S.H.A.A. n° 70, 4e trim. 1991, p. 16 à 30.
  4) Cf. B.S.H.A.A. n° 58, 4e trim. 1988, p. 3 à 11.
  5) A.D. des Landes, Fonds Dufour.
  6) Cf. B.S.H.A.A. n° 79, 1er trim. 1994, p. 15 à 27.
  7) AD Gironde, 3 E 22606.
  8) A.D. Charente-Maritime, B 180.
  9) AD Gironde, 3 E 22611.
10) AD Gironde, 3 B 341 (registre des réceptions).
11) AD Gironde, 3 E 22 607 : en 1625, il est dit praticien.
12) Le 23 mai 1639, Marie alias Bertrand Peyjehan, veuve de Charles Taffard, est dite tutrice de ses enfants.
13) Cf. B.S.H.A.A. n° 70 (4e trim. 1991), p. 26.
14) Ces frères étaient les fils de ce Pierre Baleste, juge du Captalat, qui avait acheté la Baronnie d’Andernos en 1625. Ils furent maires de La Teste l’un après l’autre. Voir l’histoire des Baleste d’Andernos, dans B.S.H.A.A. n° 39, 1er trim. 1984, p. 1 à 8.
15) Cf. B.S.H.A.A. n° 91 (1er trim. 1991), p. 52.
16) Cf. B.S.H.A.A. n° 110, 4e trim. 2001, p. 84 à 90.
17) Une étude spéciale lui sera consacrée.
18) L’histoire de ce rameau est complexe et étonnante ; nous lui consacrerons une étude spéciale.
19) AD Gironde, 3 E 22 640 (Notaire Peyjehan).

Extrait du Bulletin n° 116 (2e trimestre 203) de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch.

Familles du Pays de Buch : les Dignac

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FAMILLES DU PAYS DE BUCH : LES DIGNAC

 

Les archives de la Marine, qu’il s’agisse des registres de l’Inscription Maritime1 ou du fonds de l’Amirauté de Guienne2, ainsi que les registres paroissiaux, font apparaître à La Teste-de-Buch, surtout dans la seconde moi­tié du XVIIIe siècle, une deuxième famille largement tournée vers les activités maritimes – charpentiers (calfats et de marine), maîtres de pariage, maîtres au petit ou au grand cabotage – : les Dignac.

L’étude qui suit, après celle consacrée aux Baleste-Baillon3, fournit une nouvelle fois l’occasion, après de multiples contrôles effectués à Rochefort, d’exploiter la riche documentation rassemblée par André Rebsomen et conservée à la Bibliothèque Municipale d’Arcachon, et de présenter des documents inédits.

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Deux familles testerines au XVIIIe siècle

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Deux familles testerines

dans la première moitié du XVIIIe siècle

 

À la recherche de mes ancêtres bougès, j’ai été amené, pour déterminer une filiation qui ne découlait pas de la lecture des actes de mariage et de décès, à reconstituer deux familles nucléaires testerines, celle de Vincent Mouliets, marié en 1705, et celle de son fils Jean, veuf en 1748.

Devant la composition de ces deux ménages et la succession des événe­ments familiaux telles qu’elles résultent du dépouillement, parfois aléatoire1, des registres paroissiaux, une double constatation — somme toute banale — s’im­pose : à La Teste de Buch, comme partout ailleurs en France, la structure familia­le dans la première moitié du XVIIIe siècle dépend, d’une part, « d’une fécondité forte et apparemment incontrôlée »2, d’autre part, de « la très lourde ponction des hommes (…), d’un taux de mortalité élevé »3.

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Du Béarn au Pays de Buch

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DU BÉARN AU PAYS DE BUCH

 

Le lundi 14 novembre 1842, le maire de La Teste, Jean-Clément Soulié, « déclar(a) au nom de la loi que Jean-Baptiste Bruel et Marie Oriède sont unis en mariage »1. S’ils avaient l’un et l’autre procédé comme mineurs et du seul con­sentement de leurs pères*, aux yeux des Testerins, les deux jeunes gens avaient surtout en commun d’être des « estrangeys ».

Marie Oriède, si elle n’était pas Testerine, était toutefois girondine : elle était née à Pujols-sur-Ciron le 13 août 1823. Elle était venue au pays des Bougès avec ses parents, son jardinier de père s’étant, un jour, résolu à s’éloigner de leur Sauternes natal. Jean-Baptiste Bruel, par contre, était vraiment l’étranger ! Ce solide béarnais avait vu le jour le 10 décembre 1822 à Bruges, un petit village blotti au fond d’une vallée des Basses-Pyrénées.

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Barons d’Audenge (1250-1620) (2)

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Les barons d’Audenge (1250-1620)

seigneurs d’Andernos et de Lacanau

(suite et fin)

LES ORNON

Gaillard d’Ornon

Le troisième Bernard de Blanquefort, seigneur d’Audenge, n’eut pas de descendance mâle et le nom de Blanquefort, qui fut un des plus illustres du Moyen-Âge, disparut non seulement à Audenge, mais aussi à Blanquefort même.

Marie de Blanquefort fut l’héritière de son père, Bernard (cf. l’acte du 20 mars 1336). Elle épousa Gaillard d’Ornon, qui lui aussi était issu d’une très ancienne famille du Bordelais. Seuls, d’ailleurs en Guyenne, les Ornon portaient le titre de Comte.18

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Barons d’Audenge (1250-1620) (1)

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Les barons d’Audenge (1250-1620)

seigneurs d’Andernos et de Lacanau

 

AVANT-PROPOS

Chronologie des seigneurs d’Audenge avant 1620

 

Blanquefort

Bernard I (décédé avant 1275)

Bernard II, mari de Aude de Tyran (…1310)

Bernard III, mari de Mabille d’Escoussan (1310-1330)

Ornon

Marie de Blanquefort, épouse de Gaillard d’Ornon (1330-1350)

Bernard d’Ornon, leur fils (1350-1376)

Marie d’Ornon, sa fille, épouse de Thibaud de Puylehaut (1376-1390)

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Les Damanieu, seigneurs d’Audenge, captaux de Buch

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Les seigneurs d’Audenge de 1620 à 1715

Les Damanieu, barons d’Audenge et captaux de Buch

 

De 1620 à 1735, la seigneurie ou baronnie d’Audenge appartint à une seule famille, celle des Castaing-Damanieu.

Les barons d’Audenge de cette famille se sont succédé dans l’ordre suivant :

1) Jean Castaing, Sieur de Ruat (1620 + 1635).

2) Catherine Damanieu, de la Ruscade (1635 +1674) Co-seigneur avec son frère :

Pierre Damanieu, de la Ruscade, puis de Ruat (1635 + 1675) capitaine, commandant du Pays de Buch.

3) Pierre Damanieu (1675 + 1688), capitaine de vaisseau. Second fils du précédent.

4) Jean-Baptiste Amanieu de Ruat (1688 – 1735) Neveu du précédent, captal de Buch.

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La baronnie et les barons d’Arès (1)

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LA BARONNIE ET LES BARONS D’ARÈS

1ère PARTIE – AVANT LES LAVILLE – 1657

 

En 1601, « la baronnie d’Arès » et toutes les autres paroisses qui, depuis le Moyen-Age, formaient la baronnie de Blanquefort, devinrent indépendantes. Tous ces territoires, d’une part la paroisse et la forteresse de Blanquefort d’autre part, furent vendus. Ainsi la très ancienne seigneurie de Blanquefort fut démembrée pour la dernière fois et disparut.

La vente de 1601 précise ce qu’était la « baronnie d’Arès », mais elle le précise d’une façon erronée. « La baronnie d’Arès consistait – dit le texte – en quatre pa­roisses appelées Arès, le Temple, Sautuges et Méjos ». Faut-il, pour rétablir la véri­té, rappeler que le village d’Arès et ses landes étaient une partie, la plus vaste, de la paroisse d’Andernos, le Temple était bien une paroisse, Sautuges n’était pas une pa­roisse, mais un village de la paroisse du Temple ; enfin, Méjos était un village de la paroisse de Lacanau, sur la route de Lacanau à Bordeaux. Ce fief éloigné de Méjos était donc isolé.

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La baronnie et les barons d’Arès (2)

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LA BARONNIE ET LES BARONS D’ARÈS

(suite)

 

Lire l’article précédent.

 

MARIE LAMBERT ET LES DALESME

La « Demoiselle Marie Lambert », veuve de Guillaume Dalesme, avait donc acheté d’une part la baronnie d’Arès et neuf paroisses de la juridiction de Blanquefort, et d’autre part la paroisse et forteresse de Blanquefort.

Les Dalesme furent des parlementaires notoires des XVIe et XVIIe siècles. Pendant cinq générations, ils se succédèrent dans les offices du Parlement de Bor­deaux, comme leurs partenaires les Montaigne, depuis l’illustre Michel Eyquem. Cependant, malgré leur nombre et leur notoriété, ils n’atteignirent ni un niveau social, ni une fortune comparable à ceux des grandes familles du XVIIIe siècle : les Pontac, Pichard ou Pichon11.

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La baronnie et les barons d’Arès (3)

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LA BARONNIE ET LES BARONS D’ARÈS

 

Lire l’article précédent.

 Plan

I – Introduction

II – Les origines à Biganos

– Pierre Laville marchand à l’époque de la Renaissance. Notaire

– Ses enfants : Gaillard, notaire et ses frères

III – L’ascension aux privilèges et à la noblesse. Les fils de Gaillard

– Pierre, marchand et financier

– Marie Bordessoule, sa femme. Achat d’un office de contrôleur à la Cour des Aydes de Bordeaux

– Marie Laville, leur fille, devient vicomtesse d’Argelouse.

– Jean de Laville, à l’origine des Laville d’Arès

Le marchand. Son mariage à Soulac

Sieur de la maison noble de Gaillardon à Biganos

Secrétaire à la Cour des Aydes de Guyenne

Achat de la Baronnie d’Arès de la Dame d’Ornano

Le remariage de sa veuve. La famille s’éloigne du Pays.

IV – La descendance de Jean de Laville

1- Pierre, second Baron d’Arès et ses frères. Le boisement d’Arès.

2 – Jean Baptiste, fils du précédent dit «Le Baron d’Arès» son mariage

Première liquidation du patrimoine ancestral

Le « Petit Roi de Soulac »

Commandant des Gardes-côtes

Testament et succession

3 – Élizabeth, fille de Jean Baptiste et François de Belcier son mari

Leur mariage

La liquidation des biens de Biganos 1766/1768

Les landes d’Arès et la transaction de 1759

4 – François de Belcier, dernier baron d’Arès

5 – La Dame Louise Françoise Lemesle. Arès se transforme. Le retour des Belcier.

2ème PARTIE

Les Laville, barons d’Arès (1657-1789)

L’histoire de la baronnie d’Arès n’a jamais encore été écrite et le nom des « Laville d’Arès » a été bien rarement cité. Leurs origines, leur rôle, leur impor­tance, leur évolution sont restés inconnus. Pourtant, ils ont régné près d’un siècle et demi sur leur terre d’Arès et l’histoire de cette famille originaire de Biganos est aussi intéressante, aussi exemplaire que celle des Damanieu d’Audenge, des Garnung de Mios ou des Caupos de la Teste. Les évolutions de ces quatre familles du Pays de Buch au cours de la première moitié du XVIIe siècle sont tout à fait contempo­raines, comparables et parallèles. Ces familles sont issues du milieu des marchands de la Renaissance qui s’enrichirent dans le négoce des denrées et productions locales. Dans le captalat de Certes on vivait pauvrement ; les produits négociables étaient rares, peu de blé noir, peu de miel, peu de laine ; le pays était, grâce a ses immenses landes, un producteur de bestiaux. Les gens du captalat de la Tesfe vivaient mieux ; ils avaient la ressource de la pêche et surtout celle de la résine produite dans la forêt usagère. Dans ce pays pauvre et arriéré, les Laville, Caupos, Damanieu ou Garnung étaient riches et lettrés. Ces marchands ont évolué de la bourgeoisie marchande à la bourgeoisie de robe et enfin ils sont entrés dans le milieu de la magistrature bordelaise. Parfois même, lorsqu’ils avaient à la fois assez d’argent et de culture juridique, ils sont entrés directement dans la petite noblesse parlementaire en achetant des offices anoblissants. Toujours ils eurent en vue d’accéder aux privilèges fiscaux que leur conférait leur nouvel état. Le sentiment d’accéder à une classe sociale jouissant de plus de considération n’était sans doute pas étrangère à leurs motivations, mais ce genre de préoccupations s’affirmait surtout aux générations suivantes qui avaient oublié leurs origines paysannes.

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